L'histoire des Boulanger et des Langlois

En passant par les Paul et les Blais. De la Nouvelle-France à aujourd'hui.


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    La traversée de Marie Arcular

    Septième article dans ma série sur les Filles du Roy. Marie Arcular est notre première ancêtre chez les Boulanger. Fille du Roy lorsqu’elle quitte la France pour la Nouvelle-France au printemps de 1669, elle rencontrera rapidement notre ancêtre Claude Lefebvre Boulanger après avoir atteint Québec. Ils se marieront à peine quelques semaines plus tard.

    Question de rendre ce périple sur l’océan Atlantique plus concret, racontons ce que nous savons de la traversée de nos trois Filles du Roy. Commençons d’abord dans cet article sur celle de Marie Arcular qui a marié notre ancêtre Claude Lefebvre Boulanger. La traversée de nos deux autres Filles du Roy, Élisabeth Cretel chez les Langlois et celle de Marie Madeleine Philippe chez les Blais feront l’objet du prochain article dans quelques jours.

    Marie Arcular est née vers 1651 en plein cœur de Paris dans la paroisse de St-Nicolas-des-Champs. Son père était Jean Arcular qui était maître-charpentier de son métier. Sa mère est Catherine Aucoin. Comme pour la majorité des Filles du Roy, on connait bien peu de choses sur elle avant qu’elle ne s’embarque vers la Nouvelle-France alors qu’elle avait à peine 18 ans.

    Marie Arcular fera donc le voyage à bord du bateau Saint-Jean-Baptiste qui est parti du port de Dieppe dans le nord de la Normandie. On situe ce voyage dans le temps en juin 1669.

    Au moment de son départ, il semble qu’elle soit déjà orpheline de père puisque le répertoire des Filles du Roy d’Yves Landry présente son père comme ‘’feu Jean’’. Comme on l’a vu lorsque j’ai tenté de cerner le profil type des Filles du Roy, ce profil d’orpheline était plutôt courant. On a estimé que plus de la moitié des quelques 700 Filles du Roy était au moins orpheline de père.

    On sait également qu’elle ne savait pas écrire. On a pu reconstituer cette caractéristique personnelle chez chacune des Filles du Roy selon ce qu’elles ont laissé derrière dans leur acte de mariage. Une absence de signature – ce qui était fréquent à l’époque – indiquait que la personne était analphabète.

    Une traversée sur le Saint-Jean-Baptiste

    Marie Arcular fera donc le voyage à bord du bateau Saint-Jean-Baptiste qui est parti du port de Dieppe dans le nord de la Normandie. On situe ce voyage dans le temps en juin 1669. À ce moment, le programme des Filles du Roy en était déjà à sa 7e année mais 1669 est l’année où la cadence et le nombre de filles augmentera considérablement alors qu’environ 130 Filles du Roy feront le voyage. Cette seule traversée du Saint-Jean-Baptiste en comptait plus d’une centaine. Ce fut la traversée principale de cette seule année 1669.

    Cette traversée du Saint-Jean-Baptiste apparaît comme plutôt courte selon les standards du temps où l’on devait généralement compter plusieurs semaines, voire 2 ou 3 mois, pour une traversée du nord de la France vers la ville de Québec. La température, la force et la direction des vents ainsi que les escales en cours de route étaient de nature à faire varier la durée des traversées. Le Saint-Jean-Baptiste était un navire familier durant le programme des Filles du Roy. En 1669, il est déjà un ‘’régulier’’ des traversées de l’Atlantique depuis quelques années. Une analyse rapide le cite également dans une traversée en 1662, une autre en 1664, et successivement ensuite en 1665, en 1666, en 1670 et en 1671. On ne faisait généralement qu’une seule traversée aller-retour par année étant donné la longueur de la traversée et aussi les mois d’hiver où tout le transport s’arrêtait pour plusieurs mois.  

    J’ai pu retracer la liste de tous les passagers de cette traversée, dont plus d’une centaine de nouvelles Filles du Roy. La liste inclut effectivement notre ancêtre Marie Arcular, originaire de la paroisse St-Nicolas-des-Champs de Paris. En parcourant la liste des passagers, on se rend compte qu’environ la moitié des Filles du Roy qui sont montées à bord provenait de la région parisienne. Le reste du contingent venait d’autres régions très variées comme la Normandie (dont une dizaine de la ville même de Rouen) mais aussi des régions de la Picardie, de la Champagne, de Bretagne et même une femme qui provenait de la Flandre dans le nord de la Belgique. La très vaste majorité provenait de la moitié nord de la France, là où on concentrait l’essentiel des efforts de recrutement.

    Le site ’Navires venus en Nouvelle-France’’ décrit ainsi la situation :

    ‘’Selon le mémoire de Colbert de Terron daté du 22 juin 1669, il s’est embarqué sur le navire, le Saint-Jean-Baptiste, parti de Dieppe, armé par Toussaint Guénet et ses associés de Rouen en Normandie, 164 engagés des deux sexes. Jean Talon écrit dans ses commentaires en marge du mémoire que 150 filles se sont embarquées à Dieppe, un fonds a été fait exprès pour elles, de plus 14 autres personnes les accompagnent excédant donc ce fonds. Vingt autres de ces filles se sont embarquées à La Rochelle, probablement sur le Pot de Beurre de Horn.’’

    Le maître du navire est donc Laurent Poulet et l’armateur est ce dénommé Guénet de Rouen. Le navire part donc de Dieppe avec Québec comme destination. Jean Talon est l’intendant Talon de notre histoire, premier intendant installé en Nouvelle-France. Nommé par le roi de France le 23 mars 1665, il débarque à Québec le 12 septembre de cette année avec la charge d’intendance pour le Canada, l’Acadie et Terre-Neuve. C’est lui qui avait recommandé au roi de faire venir des filles à marier pour accélérer le peuplement de la nouvelle colonie afin de mieux équilibrer le ratio hommes-femmes. C’est également lui qui effectuera le premier recensement dans la nouvelle colonie.

    Laissons de nouveau le même site dédié aux traversées de navires décrire ce qui s’est passé pour résumer les activités de toute cette année 1669 :

    ’(…) Le secrétaire Patoulet écrit le 11 novembre 1669 au ministre Colbert que cette année-là 150 filles à marier sont parties de Dieppe, « toutes heureusement arrivées hors une qui est morte à la mer », et 20 autres de La Rochelle. Il souligne que 102 sont déjà mariées et qu’il a fait donné (sic) à chacune 50 LT. Il espère que les autres se marieront dans peu de temps. Yves Landry en a répertorié 132 pour 1669 dont 105 Filles du roi, en plus de trois autres passagers, se sont sans aucun doute embarquées sur le Saint-Jean-Baptiste.’’

    Le même Patoulet dans son rapport du 11 septembre 1669 au ministre lui écrit que :

    ‘…’les « cavalles » et étalons sont arrivés « en bon estat seulement une morte dans le trajet ». Courcellesles a fait distribuer en obligeant ceux qui en ont charge de « les faire courir, et d’avoir un grand soin de leur fruict ». Il n’est plus nécessaire d’en envoyer, selon lui, « en ayant présentement assez pour en fournir au pays ».’’

    Marie Arcular (Marie-Ursule selon d’autres sources) serait donc arrivée à Québec le 29 juin 1669 à la suite d’une traversée dite tranquille.

    Le mariage sera célébré quelques semaines plus tard, soit le 28 octobre 1669 dans l’église toute neuve de Sainte-Famille à l’Île d’Orléans.

    Claude Lefebvre dit Boulanger

    Tous les hommes, à la recherche d’une femme pour partager leur vie, surveillent attentivement chacune de ces arrivées qui sont quand même rares – au plus, quelques-unes durant la saison chaude entre les mois de juin et d’octobre puisque les mois d’hiver ne favorisent pas les traversées de l’Atlantique. Claude Lefebvre Boulanger repère rapidement sa future épouse. Il est déjà établi sur l’Île d’Orléans où il a obtenu une terre quelques années auparavant de Monseigneur de Montmorency-Laval.

    On dit que c’est entre les années 1662 et 1668 que la propriété de toute l’île passe aux mains de Monseigneur de Montmorency-Laval qui l’acheta pour la donner ensuite au Séminaire de Québec. Ce sera la Seigneurie de l’Île d’Orléans qui sera subdivisée en lots. C’est ainsi que Claude Lefebvre se voit recevoir de Mgr de Laval, deux de ces lots dans la paroisse de Saint-François en 1667, à l’extrémité est de l’île. Les lots 62 et 63.

    Il est encore mineur lorsque notre premier ancêtre décide de traverser l’Atlantique pour joindre la nouvelle colonie de Nouvelle-France.

    C’est vers 1648 que naît Claude Lefebvre dit Boulanger, le premier ancêtre Boulanger en terre d’Amérique. À Vigny, petite commune de Normandie entre Rouen et Paris. Fils de Louis Lefebvre et de Marie Verneuil, qui s’étaient mariés le 19 novembre 1634 à Jambville, dans la même région tout près de Vigny. Trois enfants seraient issus de ce mariage en France dont Claude. Il avait une sœur – Marie, morte jeune en 1652 – et Pierre. Le père de Claude mourut très tôt dans sa vie. Il devient donc orphelin de père vers l’âge de 3 ans.

    Il est encore mineur lorsque notre premier ancêtre décide de traverser l’Atlantique pour joindre la nouvelle colonie de Nouvelle-France. Il laisse donc derrière lui toute sa famille qu’il ne reverra jamais selon toute vraisemblance, y compris sa mère qui mourra une vingtaine d’années plus tard, le 6 décembre 1681. Les sources ne s’entendent pas sur ce voyage vers l’Amérique. Il aurait eu lieu autour de 1663. Une autre source sera plus spécifique en situant ce moment en septembre 1663. Dans son contrat pour la Nouvelle-France, il a indiqué ‘’boulanger’’ lorsqu’on lui demande son occupation même s’il n’a que quinze ans. Ce serait l’origine de l’appellation historique rattachée au nom Claude Lefebvre ‘’dit Boulanger’’. On ne lui connait pas d’occupation véritable de boulanger puisque dans tous les actes notariés et les recensements, il se déclare toujours comme ‘’habitant’’. Donc, même si le patronyme Boulanger existe en France, il ne serait pas lié directement à notre lignée généalogique. En Nouvelle-France, notre lignée sera connue sous le patronyme ‘’Lefebvre dit Boulanger’’ pendant quelques générations mais le patronyme originel de Lefebvre disparaîtra complétement vers 1850 alors que Boulanger sera bien implanté. 

    La destination finale de Claude est donc l’Île d’Orléans. Une traversée très éprouvante dira-t-on où on le dit chanceux d’avoir survécu. Son employeur l’attend déjà. Un certain Jacques Bilodeau qui habite la paroisse de Sainte-Famille à l’Île d’Orléans. Claude sera donc son domestique dans ses premières années. Bilodeau – déjà marié – avait besoin d’aide pour cultiver sa terre de 25 arpents et s’occuper de son troupeau. À ce moment, Bilodeau a un autre domestique en plus de Claude. Un dénommé Jean Levasseur, comme le révèle le recensement de 1666 qui met les deux apprentis à son service.

    C’est le 2 juin 1667 que Monseigneur de Montmorency-Laval concède une terre à Claude Lefebvre, devant le notaire Paul Vachon. Après trois ans de service ou d’engagement qui était la norme pour les nouveaux arrivants à l’époque, il est maintenant libre et quitte son employeur pour faire fructifier sa propre terre et créer sa famille. Il n’a pas encore 20 ans.

    La terre qu’on lui concède est petite. À peine trois arpents de front qui donne sur le littoral sud de l’Île d’Orléans.  Il s’agit du lot 62 (maison) et du lot 63 (grange) dans la paroisse de Saint-François. L’emplacement exact a pu être retracé grâce à des documents d’archives. On peut s’étonner qu’une terre lui soit attribuée alors qu’il n’a pas encore 21 ans. Une source émet l’hypothèse que durant sa longue traversée de quelques semaines en 1663, il aurait rencontré un évêque sur le navire avec qui il a causé longuement et qui lui aurait promis une terre s’il décidait de rester en Nouvelle-France.

    Un mariage

    Une rencontre et un mariage ne tardera pas. Dès le 7 octobre de la même année – à peine trois mois suivant l’arrivée de Marie Arcular – le couple se présente chez le notaire Romain Becquet pour mettre sur papier les détails de leur contrat de mariage. Marie apporte au foyer du couple des biens estimés à 250 livres en plus de sa dot du Roi Louis XIV de 50 livres, montant typique remis aux Filles du Roy pour les aider à démarrer leur nouvelle vie en Nouvelle-France. Quant à lui, Claude contribue 200 livres.

    Le mariage sera célébré exactement trois semaines plus tard, soit le 28 octobre 1669 dans l’église toute neuve de Sainte-Famille. Cette petite église deviendra rapidement désuète. Elle sera détruite et remplacée dans les années 1740 par l’église que l’on peut voir de nos jours. Cette nouvelle église sera construite à environ une centaine de mètres de l’église de nos ancêtres.

    Notre nouveau couple s’installera cependant dans la paroisse voisine de Saint-François à quelques kilomètres plus loin, soit sur la terre que lui avait octroyée Monseigneur de Montmorency-Laval en 1667.

    Je reviendrai sur l’histoire complète de ce couple – nos premiers ancêtres chez les Boulanger en Nouvelle-France – au cours de prochains articles quelque part cet automne.

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    L’hôpital La Pitié Salpêtrière de Paris et les Filles du Roy

    Sixième article dans ma série sur Les Filles du Roy. En examinant la provenance des Filles du Roy au moment où elles s’embarquent vers la Nouvelle-France, on remarque une concentration de plus du tiers des Filles du Roy dans la région parisienne. En poussant l’analyse plus loin, on note un autre élément important, celui de l’apport de son hôpital général de l’époque – la Pitié Salpêtrière.

    Une autre caractéristique significative de ces jeunes filles avait trait à leur provenance géographique. Yves Landry, cet historien spécialisé dans les Filles du Roy, a justement fait une étude exhaustive du profil sociologique des Filles du Roy qui se sont embarquées pour la colonie. Entre autres aspects, il commente sur la provenance géographique de ces Filles :

    ‘’… En réalité, près de 80% provenaient des régions de Paris, de l’Ouest et de la Normandie. L’apport de la région parisienne, c’est-à-dire de l’Île-de-France, de la Brie et de la Beauce, mérite d’être souligné, puisqu’elle a fourni près de la moitié des contingents et ainsi contribué à favoriser la diffusion du parler français dans la colonie et à en précipiter l’uniformisation linguistique dès le XVIIe siècle, contrairement à la situation de la métropole marquée par la diversité et le morcellement culturel.’’

    Les deux tiers provenaient des villes alors qu’à l’époque environ 85% des gens vivaient en zone rurale. Considérant le fait que ces Filles étaient appelées à aller vivre en milieu sauvage et pas encore défriché, on peut s’interroger sur l’à-propos de cette sélection plutôt urbaine qui menaçait dès le départ le succès de ce programme de colonisation.

    Cette concentration de plus du tiers des Filles du Roy dans la région parisienne invite à préciser un autre élément important, celui de l’apport de son hôpital général de l’époque – la Pitié Salpêtrière. Récemment fondée en 1656, cette institution avait pour mission de servir de refuge pour les pauvres et de maison d’internement pour exclus de la société à savoir entre autres, les mendiants, les orphelins, les vagabonds, les femmes abandonnées, les mères célibataires, les enfants et les prostituées. Yves Landry précise encore :

    ‘’En particulier, la ‘’grande maison’’ de l’Hôpital exclusivement réservée aux filles et aux femmes de tout âge, la Salpêtrière servait à ‘’éliminer de la société toutes les femmes incapables d’y vivre seules en liberté : d’une part, celles qui par suite de leurs infirmités, de leur âge et de leur pauvreté (cherchaient) à l’hôpital un refuge (…) ; d’autre part, celles qui au contraire y (étaient) enfermées de force, par mesure de défense sociale. On devine leur sentiment d’exclusion quand on sait ‘’qu’un enfermement à la Salpêtrière ternit à jamais la réputation d’une femme. On peut donc affirmer que les Filles du roi extraites de l’Hôpital général de Paris devaient être en situation de rupture avec leur milieu familial d’origine, notamment par suite du décès prématuré du père, de la mère ou des deux parents, et que leur exil au Canada correspondait à une forme d’exclusion sociale ou familiale en parfaite conformité avec l’idée que l’on se faisait des colonies comme exutoire pour les éléments sociaux dysfonctionnels.’’

    Landry en vient même à conclure qu’une Fille du Roy issue de l’Hôpital général de Paris n’était pas en mesure d’ignorer un ordre du Roy si elle était sélectionnée dans le cadre du programme des Filles du Roy et que conséquemment, leur départ pour la Nouvelle-France a été ‘’vraisemblablement subi… plutôt que de l’avoir décidé volontairement’’.

    Au moment de la Révolution française en 1789, soit plus d’un siècle après les Filles du Roy, l’hôpital était à ce moment le plus grand hospice du monde et environ 10,000 personnes y vivaient.

    Le biais causé par la sélection entraine donc une sur-représentation des Filles du Roy provenant des zones urbaines. Les deux tiers provenaient des villes alors qu’à l’époque environ 85% des gens vivaient en zone rurale. Considérant le fait que ces Filles étaient appelées à aller vivre en milieu sauvage et pas encore défriché, on peut s’interroger sur l’à-propos de cette sélection plutôt urbaine qui menaçait dès le départ le succès de ce programme de colonisation. Une rude acclimatation attendait ces femmes qui cherchaient un monde meilleur. On dit même qu’au moins 60 de ces femmes sont mortes durant leur traversée entre 1663 et 1673 sans compter celles qui sont retournées en France.  

    Il est intéressant de noter que l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière existe encore aujourd’hui et représente une institution d’importance dans l’environnement parisien et français.  C’est une institution moderne à la fine pointe des technologies et des nouvelles spécialités médicales. Répartie sur des dizaines de bâtiments, elle accueille de nos jours plusieurs dizaines de milliers de patients chaque année.

    Au moment de la Révolution française en 1789, soit plus d’un siècle après les Filles du Roy, l’hôpital était à ce moment le plus grand hospice du monde et environ 10,000 personnes y vivaient. Au moment de la période des Filles du Roy, l’institution en était à ses débuts et déjà elle souffrait de problèmes de croissance avec plus de 3,000 patients, en plus du personnel composé de religieuses et aussi de laïcs. Il y avait beaucoup de pauvreté dans la ville et on se servait de la Salpêtrière pour se débarrasser de ces laissés-pour-compte qui représentaient une nuisance pour la population en général. En pratique durant ses premières années d’existence, cet hôpital était davantage un centre de détention ou de répression, voire même un camp de travail pour certains, au mieux un refuge pour d’autres.

    Elles constituaient une main d’œuvre à très bon marché pour aider au fonctionnement de l’hôpital. À supposer qu’elles auraient voulu se sauver, la réalité était qu’elles n’avaient nulle part où aller.

    Dès le début vers 1670, on y comptait déjà des milliers de ‘’pensionnaires’’, presqu’exclusivement des femmes. Pour la plupart, elles sont (ou seraient) en bonne santé. C’est davantage la pauvreté qui les amenait dans cette institution étant donné l’absence d’autres alternatives. On les y envoyait souvent pour les enlever des misères de la rue.

    Ailleurs qu’à Paris, dans les autres régions participant au recrutement des Filles du Roy, y compris dans les institutions de santé semblables à La Salpêtrière, le clergé était particulièrement actif à identifier ces jeunes filles rencontrant le profil idéal d’une Fille du Roy, c’est-à-dire ces jeunes filles malchanceuses ou malmenées par la vie, qui pourraient voir cet exil vers la nouvelle colonie comme une alternative à leur vie actuelle et une façon de se donner une deuxième chance. Cet espoir deviendra effectivement la réalité pour la plupart d’entre elles.

    Les plus ‘’saines’’ patientes, comme les orphelines, n’étaient pas en prison ou alitées. Elles constituaient une main d’œuvre à très bon marché pour aider au fonctionnement de l’hôpital. À supposer qu’elles auraient voulu se sauver, la réalité était qu’elles n’avaient nulle part où aller. Il n’y avait personne qui les attendait à l’extérieur. Au moins, l’hôpital leur offrait un abri stable.

    Finalement, il y aura en tout environ 760 Filles du Roy, dont environ 330 viendront de Paris. De ce nombre, 240 proviendront de cet hôpital parisien. Une sur trois Filles du Roy sur l’ensemble de toute la France ! On dit même que des parents redirigeaient directement des parentes orphelines, sans moyens et sans espoir, à l’hôpital La Salpêtrière en espérant un accès plus direct au financement royal et à la filière vers le Canada. De plus, un certain de Bretonvilliers, curé de la paroisse de Saint-Sulpice en plein cœur de Paris et justement tout près de l’hôpital de la Salpêtrière, aurait recruté à lui seul rien de moins que 46 des ‘’recrutées’’ parisiennes. Les curés en parlaient en chaire et rencontraient directement des familles de leur paroisse susceptibles d’avoir de bonnes candidates. La majorité donc de ces quelques Parisiennes qui ne venaient pas directement de La Salpêtrière.

    J’ai essayé de trouver plus d’informations sur l’identité des Filles du Roy qui seraient passées par cet hôpital parisien puisqu’il s’agit d’une proportion significative de toutes les Filles du Roy, c’est-à-dire environ 240 sur 760. Je n’ai rien trouvé. J’aurais voulu confirmer ou non si une ou des Filles du Roy de notre famille faisaient partie du nombre. Dans les courtes biographies des Filles du Roy, on ne mentionne pas un séjour à cet hôpital, ni même leur statut avant de traverser au Canada. L’essentiel de l’information que l’on dispose est généralement limitée à l’information accessible dans nos proches archives canadiennes, c’est-à-dire qui sont postérieures à leur arrivée au Canada.

    En terminant ce chapitre, je suis tombé par hasard sur cet extrait d’article de juillet 2010 et écrit par Maud Sirois-Belle pour le site de la Société d’histoire des Filles du Roy qui amène plus d’éclairage sur cet aspect précis. L’article intitulé ‘’La Salpêtrière et ‘’les Filles du Roy’’ au XVIIe siècle’’ mentionne ce qui suit :

    ‘’ (…) Autant de questions auxquelles il est impossible de répondre : nul document qui concerne ces convois de filles parties pour le Canada n’ayant été retrouvé à ce jour dans les archives de l’Hôpital Général de Paris. Les informations disponibles sont extraites de correspondances échangées entre Colbert et Talon, entre Marie de l’Incarnation et son fils resté en France, des relations des Jésuites qui racontent par le menu la vie de la colonie et de divers témoignages de contemporains qui ont côtoyé ces femmes en Nouvelle-France.’’

    C’est clair. J’ai donc arrêté de chercher.

    Source de la photo – L’hôpital La Pitié Salpêtrière de Paris vers 1660 – Wikipédia.

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    La traversée et l’arrivée des Filles du Roy

    Cinquième article dans la série sur les Filles du Roy. Au total sur ce site, je prévois environ une dizaine d’articles consacrés à ce sujet au cours des prochains mois. Le sujet est important car chez les premières ancêtres de nos quatre familles, trois avaient une Fille du Roy à l’origine. Dans ce nouvel article, je raconte de façon générale les conditions de traversée de l’Atlantique que ces jeunes femmes ont subi. Parmi les prochains articles, deux parleront plus précisément de la traversée des trois Filles du Roy de nos familles.

    Certains sites répertorient la liste chronologique des navires venus de France vers la Nouvelle-France tout au cours du 17e siècle et même au-delà, jusqu’à la conquête par l’Angleterre vers 1760. Une référence très utile ! Des informations y sont rassemblées sur chaque navire qui a traversé l’Atlantique pendant ces décennies. On peut y suivre l’histoire de navires dont certains ont des noms plutôt singuliers comme L’Hirondelle ou encore Le Pot de Beurre. D’autres ont des noms qui ont pu tester le courage de certains passagers ou le sens de l’humour de certains armateurs comme La Tempête, Le Fourgon, L’Aventurier ou encore Le Mulet.

    Selon le site ‘’La Mémoire du Québec’’, les Filles du Roy ont traversé l’Atlantique surtout à bord de huit navires différents : le Constance, La Nativité, L’Espérance, le Nouvelle-France, le Phoenix, le Prince-Maurice, le Saint-Jean-Baptiste et le Saint-Louis.  Il y a aussi le navire ‘’L’aigle d’or’’ qui a eu une traversée mémorable (et mortelle) en 1663 comme on le verra plus loin. C’était le premier contingent de Filles du Roy à traverser. Rien de bien rassurant pour les suivantes.

    Au cours des dix années du programme des Filles du Roy de 1663 à 1673, 285 d’entre elles sont arrivées à bord du navire le Saint-Jean-Baptiste, celui ayant justement servi pour la traversée de notre Marie Arcular chez les Boulanger.

    La traversée en soi était des plus risquées. N’ayant jamais traversé l’Atlantique, les passagers n’étaient évidemment pas au fait des risques qu’ils encouraient. Faire naufrage n’était pas le plus grand danger. Les tempêtes, les attaques de pirates, les maladies et les mauvaises conditions d’hygiène constituaient d’autres dangers, souvent plus probables.

    Ces navires ont été utilisés pour transporter les filles sélectionnées par le Roi de France, Louis XIV, pour aider le peuplement de la Nouvelle-France. Certaines traversées ne transportaient que quelques Filles du Roy. Dans ce cas, le but principal de la traversée était tout autre, soit le transport de futurs colons, de soldats ou de religieuses mais généralement les navires avaient surtout des objectifs commerciaux, soit le transport de marchandises vers la colonie. La Nouvelle-France était très dépendante de la France à ses tout débuts d’autant plus que l’on interdisait à la colonie de produire ou de vendre des biens qui compétitionnaient avec les entreprises de France. On devait donc tout importer d’Europe.

    Cependant, et particulièrement pour les années 1669, 1670 et 1671 qui ont vu se concentrer l’essentiel de la migration des Filles du Roy vers la Nouvelle-France, certaines traversées ont représenté le principal contingent de Filles du Roy d’une année précise avec parfois jusqu’à une centaine de ces jeunes filles au bord du même navire. Selon l’historien Yves Landry, son nombre officiel selon son dernier répertoire publié en 2013 est de 130 Filles du Roy en 1669, de 118 en 1670 et de 115 en 1671.

    Le point de départ était souvent le nord et l’ouest de la France, généralement en Bretagne ou en Normandie avec comme ports principaux, celui de Honfleur, celui de Dieppe, mais aussi celui de Nantes ou souvent celui de La Rochelle dans l’ouest de la France. Les Filles du Roy prenaient place sur un navire comme n’importe quel passager. Le navire était donc un passage obligé pour traverser l’Atlantique. Souvent, elles voisinaient même des animaux comme des bœufs, des cochons, des moutons, des volailles et même des chevaux que l’on transportait aussi vers la colonie.

    Un premier voyage sur terre précédait généralement la grande traversée afin de rejoindre tout d’abord le port de mer. Un voyage par terre ou encore par cours d’eau pouvait prendre à l’époque plusieurs jours entre le point d’origine – comme Paris et Rouen – et le port de mer d’où partait le navire pour la Nouvelle-France. On préparait ensuite les jeunes filles pour la grande traversée pour s’assurer qu’elles auraient tous les objets dont elles auraient besoin, particulièrement ceux qui seraient difficiles à trouver en Nouvelle-France. On pouvait donc prévoir jusqu’à un mois de préparation avant le grand départ en mer.

    Source: Geni

    La traversée en soi était des plus risquées. N’ayant jamais traversé l’Atlantique, les passagers n’étaient évidemment pas au fait des risques qu’ils encouraient. Faire naufrage n’était pas le plus grand danger. Les tempêtes, les attaques de pirates, les maladies et les mauvaises conditions d’hygiène constituaient d’autres dangers, souvent plus probables. On pouvait mourir durant une telle traversée qui pouvait généralement durer plusieurs semaines. Jusqu’à ce grand voyage, la plupart des jeunes filles n’étaient jamais sorties de leur quartier ou de leur ville et donc peu en mesure d’imaginer les dangers encourus. Pour la plupart, le simple fait de sortir de Paris les faisait déjà basculer en terrain inconnu, avant même d’envisager une traversée de l’Atlantique dont personne chez ces jeunes filles ne pouvait imaginer la distance à parcourir qui s’avèrera être de quelques milliers de kilomètres.

    On dit qu’une traversée à l’époque qui durait plus de 100 jours risquait un tel sort. La nourriture à bord prévoyait un maximum de 100 jours. Au-delà de cette durée, le manque de nourriture et d’eau entraînaient rapidement des problèmes sanitaires et des maladies qui pouvaient devenir mortelles.

    Danielle Pinsonneault de la Société des Filles du Roy raconte la traversée des plus éprouvantes du premier contingent des Filles du Roy en 1663 à bord du navire ‘’L’aigle d’Or’’ :

    ‘’Le navire connut une de ses pires traversées : il mit 111 jours à rejoindre Québec. Cela veut dire 3 mois, 3 semaines et 3 jours ! Un voyage extrêmement long et pénible. On manqua d’eau et de nourriture, le scorbut se déclara. La promiscuité et le total manque d’hygiène entraînèrent la propagation de fièvres, de même que plusieurs maladies. Sur les 225 personnes à bord, soixante (60) moururent pendant le trajet et douze (12) autres après leur arrivée, même si, étendues sur des planches, on les transporta aussitôt à l’Hôpital de Québec. Cela signifie que près du quart des passagers de ce navire moururent avant de voir Québec.’’

    On dit qu’une traversée à l’époque qui durait plus de 100 jours risquait un tel sort. La nourriture à bord prévoyait un maximum de 100 jours. Au-delà de cette durée, le manque de nourriture et d’eau entraînaient rapidement des problèmes sanitaires et des maladies qui pouvaient devenir mortelles.

    Jacques Langlois a publié en 2022 un roman historique intitulé ‘’La saga des Filles du Roy’’ qui imagine ces événements avec deux personnages principaux fictifs. Deux Filles du Roy de conditions différentes. Bien que fictive, la trame narrative se révèle fidèle aux événements réels. Beaucoup de recherches se cachent derrière cet exercice plus que convaincant. Pour illustrer ici justement l’état d’esprit de ce saut dans l’inconnu que ces jeunes filles amorçaient un peu innocemment, il raconte en page 72 :

    ‘’Si les filles les plus imaginatives réussissaient à se représenter un peu le voyage en navire, aucune ne parvenait à réfléchir à la suite des choses. C’était trop loin et trop abstrait. Elles n’avaient pas du tout pensé à l’endroit où elles débarqueraient enfin après avoir traversé l’océan. Elles ne connaissaient pas l’existence de la bourgade de Québec, encore moins celle de Montréal. Elles ne savaient pas que le fleuve qu’elles emprunteraient pour s’y rendre avait cinquante fois la taille de la Seine. Elles ne connaissaient rien non plus des Sauvages qui peuplaient ce pays. Avaient-ils deux bras et deux jambes comme les autres humains ? Étaient-ils cannibales comme on le racontait ?’’

    Image mise en avant en haut de l’article- Carte du Canada plutôt approximative au début de la colonie. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

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    Les familles souches chez les Langlois – Noël Langlois

    Dans le plus récent article sur ce site, j’ai fait un survol des familles souches chez les Langlois. Racontons plus en détails maintenant celle de Noël Langlois. Non seulement il a initié la première famille-souche chez les Langlois mais elle est de loin la plus importante, de sorte que la majorité des descendants de Langlois de nos jours le revendiquent comme leur premier ancêtre en Amérique.

    Rappelons le mariage entre Noël Langlois et Françoise Garnier en juillet 1634 qui fut le quatrième à se tenir au Canada.

    Contrairement à tous nos ancêtres de la première génération – les Langlois, les Paul, les Boulanger et les Blais – qui sont arrivés en terre d’Amérique autour des années 1670, l’arrivée de Noël Langlois date de quelques décennies plus tôt – probablement dès 1633 – alors que la colonie n’était encore habitée que par quelques centaines d’Européens récemment arrivés aussi, et tous concentrés dans la région de Québec. Rappelons aussi le mariage entre Noël Langlois et Françoise Garnier en juillet 1634 qui fut le quatrième à se tenir au Canada.

    Même si Noël Langlois ne fait pas partie de notre famille puisque notre famille souche est celle de Nicolas Langlois, Noël a fréquenté des personnes liées à nos familles. Il s’est établi dans la Seigneurie de Beauport où ‘’régnait’’ Robert Giffard, un personnage célèbre des débuts de la colonie, et plus particulièrement des débuts de Beauport. Un des domestiques de Giffard a été un moment notre premier ancêtre chez les Paul et ce, juste avant la mort de Giffard en 1668. Robert Giffard qui était le Seigneur de la Seigneurie de Beauport a également été très étroitement lié à Jean Bourdon, arpenteur. Tous deux ont ‘’utilisé’’ les balbutiements de la Seigneurie de Beauport pour tester les fondements de l’organisation du territoire qui seront ensuite en vigueur au cours des siècles à venir. C’est ce même Bourdon qui était le Seigneur de la Seigneurie de Dombourg – entre autres choses – et qui accordera une terre à notre Nicolas Langlois à Neuville en 1667.  

    Maison ancestrale à Beauport. Source: BAnQ.

    Noël Langlois venait de Normandie – un autre Normand – d’un petit village appelé Saint-Léonard et il était le fils de Guillaume Langlois et de Jeanne Millet. Comme beaucoup de gens venus de France au début de la colonie, la date exacte de sa naissance reste imprécise. On la place vers 1605. On ne s’entend pas non plus sur la date de son arrivée à Québec. Le généalogiste Michel Langlois la situe en 1633 alors que d’autres sources penchent plutôt du côté de 1634 alors qu’il serait arrivé sur le même bateau que Robert Giffard qui lui octroiera plus tard une terre dans sa nouvelle seigneurie.

    Il serait arrivé avec sa future épouse – Françoise Garnier, née vers 1604 en France – juste avant leur mariage du 25 juillet 1634. Une autre source consultée (mesancetres.ca) parle plutôt d’une traversée de l’Atlantique avec nul autre que Samuel de Champlain en 1633 ‘’ (…) lorsque Champlain revient prendre de nouveau possession de Québec (…) »’’ Cette thèse ne semble pas retenue par d’autres auteurs. Cependant, ce lien avec Samuel de Champlain est reconnu. C’est pour donner suite au traité de Saint-Germain-en-Laye en 1632 où l’Angleterre remet de nouveau le Canada dans les mains de la France que Champlain sent le besoin de revenir à Québec pour reprendre possession de la ville – alors petit village – qu’il avait fondée en 1608. Il cherchait alors à trouver des volontaires pour venir peupler davantage ces nouvelles terres. C’est avec ce nouvel élan que de courageux colons comme Robert Giffard et Noël Langlois s’embarqueront peu après pour la Nouvelle-France pour répondre aux appels de Champlain.

    Noël Langlois et Françoise Garnier se marieront donc à peine arrivés à Québec. On dit que le mariage a eu lieu la même journée où Robert Giffard a pris possession de la Seigneurie de Beauport. Arrivés l’année précédente à Québec, Langlois aurait rendu de nombreux services à Robert Giffard – probablement comme homme à tout faire – et ils seraient ainsi devenus proches, comme l’indique sa présence au mariage, comme témoin. Il reste que c’est Robert Giffard qui lui donnera le coup de pouce pour débuter sa nouvelle vie en lui octroyant une terre de 300 arpents en 1637 dans sa Seigneurie de Beauport. Langlois aura l’occasion d’augmenter sa superficie à 500 arpents environ vingt ans plus tard, en 1655.

    Au cours de mes recherches, j’ai pu retracer le registre que l’on peut voir plus bas. Il s’agit du registre de la paroisse de Notre-Dame-de-Québec à ses tout débuts, la première paroisse de la colonie. Le mariage de Noël Langlois et de Françoise Garnier était le quatrième à être célébré au Canada et le troisième inscrit aux registres.

    La page de gauche blanche sur la prochaine photo indique clairement qu’il s’agit du début du registre et la page de droite mentionne les premiers actes de mariage de la paroisse. Bien que difficile à lire ici, la photo illustre bien que le mariage en 1634 entre Noël Langlois et Françoise Garnier était bien le troisième dans la paroisse, après celui de 1622 et celui de 1629 qui les ont précédés et que l’on voit péniblement sur la photo. Une loupe sera probablement nécessaire pour ceux qui insistent à voir. Au tout début de la colonie, les mariages étaient très rares avec une population minuscule et une rareté de femmes. Dans le cas de Langlois, il était arrivé de France en même temps que sa future épouse.

    On peut voir plus précisément l’acte de mariage entre Noël Langlois et Françoise Garnier, obtenue en agrandissant la même photo. Le texte se lit comme suit en traduisant de l’ancien français au français courant:

    ‘’Le 25 juillet 1634, les bans ordinaires étant faits et n’ayant trouvé aucun légitime empêchement, le P. Charles Lallemant, jésuite, faisant fonction de curé à Québec après avoir interrogé, eu et reçu le mutuel consentement a solennellement marié et conjoint par le lien du St Mariage, Noël L. Langlois et Françoise Garnier. Présents M. Robert Giffard, chirurgien, et M. Noël Juchereau.’’

    On notera donc que Robert Giffard a assisté en tant que témoin.

      Source : Généalogie Québec

    Source : Généalogie Québec

    On pense généralement que Noël Langlois serait arrivé comme charpentier si on se fie à la nature des biens figurant dans son inventaire à son arrivée. Sa terre ne lui sera attribuée que trois ans plus tard en juin 1637 par Robert Giffard, et c’est à Beauport qu’il passera ainsi le reste de sa vie. Entre 1633 et 1637, le couple aurait commencé à défricher la terre et à construire leur maison, la transaction formelle de 1637 ne faisait que confirmer leur nouveau statut de ‘’propriétaire’’ terrien. Au cours de cette même période, le couple a eu ses deux premiers enfants : Robert et Marie.

    Robert est né le 18 juillet 1635 et va mourir à l’âge de 18 ans, le 19 juin 1654. Robert Giffard sera son parrain et comme c’était courant à l’époque, cela explique pourquoi on l’a prénommé Robert. Quant au deuxième enfant Marie, elle est née le 19 août 1636. On lui a donné le prénom de Marie en l’honneur de sa marraine, Marie Giffard, la femme de Robert. Elle aussi est morte en bas âge. La date de sa mort n’est pas claire mais on estime qu’elle est morte enfant à l’âge de 3 ou 4 ans. Cette hypothèse est renforcée par le fait que le couple nommera leur 8e enfant du même prénom de Marie en 1646.

    En tout, le couple aura un total de dix enfants, nés entre 1635 et 1651, soit six filles (Marie, Anne, Marguerite, Jeanne, Élisabeth et Marie) et quatre garçons (Robert, Jean-Baptiste, Jean et Noël).

    Sa femme Françoise mourut soudainement à la fin de 1665 à l’âge de 61 ans, semble-t-il d’une mort violente. Selon le généalogiste de la famille Langlois et écrivain bien connu, Michel Langlois, qui a écrit une biographie d’une centaine de pages sur Noël Langlois – Noël Langlois (c. 1606-1684 et ses fils – indique qu’elle a été transportée à l’hôpital de Québec après avoir été blessée gravement. Des actes de donations de biens à leurs deux plus jeunes fils ont été rapidement signés entre le transport à l’hôpital et son décès le 1er novembre 1665. Il cite d’ailleurs une autre source qui spécifie clairement : ‘’… à cause de la mort de la femme du dit Langlois qui fut tuée.’’

    Il plane donc un certain mystère sur cette disparition subite. Dans un autre écrit, datant de novembre 2007, Michel Langlois avance une hypothèse. À l’époque, la famille hébergeait temporairement un militaire du nom de Laumaunier de Traversy. Il écrit :

    ’ (…) ait pu être tuée par une décharge de fusil du militaire en question. Le coup serait parti accidentellement lorsque Laumaunier de Traversy nettoyait son arme de service.’’  

    Elle laisse cependant dans le deuil deux enfants mineurs – Jean, âgé alors de 16 ans, et Noël, âgé de 14 ans. Ce sont donc les héritiers formels du couple, situation qui créera des remous avec les autres enfants, plus particulièrement lorsque Noël se mariera en deuxièmes noces à peine quelques mois plus tard, avec Marie Crevet, qui était également veuve d’un premier mariage.

    À ce moment, Noël Langlois est âgé de 61 ans et sa nouvelle femme Marie en a 51. De son premier mariage, Marie Crevet avait donné naissance à sept enfants (quatre garçons et trois filles) entre 1638 et 1656. Étant donné l’âge relativement avancé du couple au moment du mariage, ils n’ont pas eu d’autres enfants de cette deuxième union.

    Afin de commémorer le 350e anniversaire de son mariage en Nouvelle-France et le 300e anniversaire de sa mort, le ministère des Affaires culturelles du Québec lui a rendu hommage le 24 juillet 1984, avec le dévoilement d’une plaque à Beauport sur les lieux de sa terre, là où il a passé 50 ans de sa vie.

    Noël Langlois va mourir à Beauport le 14 juillet 1684. Il était alors âgé de 79 ans et était alors le plus ancien habitant du Canada. Quant à elle, Marie ira mourir à Baie-St-Paul une dizaine d’années plus tard à l’âge de 80 ans, le 22 novembre 1695.

    L’ancêtre Noël Langlois ne fait pas partie de notre famille Langlois bien que des milliers de Langlois se réclameront de sa descendance à travers les générations. Dans notre famille, rien ne mène à lui d’un point de vue généalogique. Cependant, il s’agit d’un Langlois célèbre des toutes premières années de la colonie. Mon objectif ici n’était pas de raconter tous les détails de sa vie mais davantage de le positionner de façon appropriée dans l’histoire des débuts de la Nouvelle-France et celle de notre propre famille Langlois, celle qui descend de Nicolas.

    À sa mort le 14 juillet 1684, les registres de la paroisse marquent ce départ :

    ‘’Noël Langlois, âgé d’environ 80 ans, et plus ancien habitant du pays, décédé le jour de devant dans la piété chrétienne après avoir reçu les sacrements de l’Église et mené une vie exemplaire avec l’approbation de toute la paroisse.’’

    Afin de commémorer le 350e anniversaire de son mariage en Nouvelle-France et le 300e anniversaire de sa mort, le ministère des Affaires culturelles du Québec lui a rendu hommage le 24 juillet 1984, avec le dévoilement d’une plaque à Beauport sur les lieux de sa terre, là où il a passé 50 ans de sa vie. Le texte dit ce qui suit :

    ‘’Par son union avec Françoise Garnier le 24 juillet 1634, Noël Langlois devenait le quatrième Français à se marier ici et par ses descendants, l’ancêtre de la deuxième plus vieille famille à prendre racine en Nouvelle-France.

    Hommage au premier défricheur de ce domaine beauportois obtenu du Seigneur Robert Giffard le 29 juin 1637.’’

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    Neuf familles souches chez les Langlois

    Nous avons déjà établi que notre ancêtre chez les Langlois est Nicolas Langlois, installé à Neuville au printemps de 1667. Il épousera notre ancêtre Élisabeth Cretel le 26 octobre 1671. Mais tous les Langlois ne descendent pas de Nicolas Langlois et il y aurait jusqu’à neuf familles souches différentes. Passons-les rapidement en revue.

    Avant d’aller plus loin, qu’est-ce qu’une famille souche en généalogie? C’est tout simplement le début d’une descendance à la tête d’un arbre généalogique. L’ancêtre le plus ancien ou le plus éloigné dans le temps.

    Dans notre contexte nord-américain, on dit que la tête d’une famille souche est ce premier ancêtre venu d’ailleurs et dont les parents sont restés dans le pays d’origine, comme la France quand il s’agit de cousins français venus s’établir de ce côté-ci de l’Atlantique à un moment ou un autre de notre histoire.

    Chez les Langlois, on dit qu’il y aurait neuf familles souches connues à ce jour. La plus ancienne est celle de Noël Langlois qui est arrivé en Nouvelle-France en 1634. Nous parlerons plus particulièrement de cet ancêtre important dans notre histoire dans le prochain article.

    Suivront à d’autres époques, huit autres hommes venus d’ailleurs qui sont venus dans nos terres, y ont trouvé épouse et ont commencé leur propre descendance. C’est donc dire qu’il n’y a généralement aucun lien de parenté direct entre deux familles souches. Tous les descendants de cet ancêtre d’origine font donc partie de l’arbre généalogique de cette famille souche.

    Retournons à ce même article de 1947 dont nous avons déjà parlé récemment sur ce site qui nous met finalement sur la piste de nos neuf familles souches :

    ‘’Dans les cinquante ans qui suivirent l’arrivée des premières personnes du nom, une dizaine de mariages de Langlois avaient déjà été célébrés au Canada. Dès 1681, quatre souches de Langlois avaient pris naissance au pays. Nous avons compté 36 personnes du nom de Langlois, venues de France au Canada, sous le régime français, soit 26 hommes et 10 femmes. Toutes ces femmes se sont mariées au pays, sauf tout au plus trois, dont deux s’étaient mariées en France avant de venir ici. Douze des 26 hommes ont contracté mariage au Canada, mais ceux-ci n’ont donné naissance qu’à sept souches, dont quatre dans la région de Québec, une à Montréal, une autre en Gaspésie et la dernière, en Acadie. Cette souche acadienne n’a peut-être pas de descendants du nom dans la province de Québec. Il en est de même d’une autre souche, qui avait pris naissance à Québec et qui est maintenant éteinte au Canada.’’

    On en arrive donc aux détails des neuf souches réelles qui nous intéressent.

    Trois chapitres du livre sur les Langlois résumeront donc l’histoire de ces familles souches de Langlois qui ont traversé notre histoire en Amérique. De plus, on consacrera un autres chapitre à notre propre souche en détaillant la vie de Nicolas Langlois.

    Cinq souches sur un total de neuf seraient donc d’origine française et ont des descendants encore aujourd’hui. La première et de loin la plus importante numériquement est celle de Noël Langlois, installé dès 1634 à Beauport. La deuxième est la nôtre, celle de Nicolas Langlois qui s’est installé à Neuville plus de trente ans plus tard en 1667. Les trois autres sont très mineures : celle de Germain Langlois-dit-Germain, de Charlesbourg vers 1675 qui est éteinte depuis près de 200 ans, celle d’Honoré Langlois-dit-LaChapelle de Montréal vers 1660 et une autre en Gaspésie, celle de Pierre Langlois vers 1750.

    Les quatre souches restantes ne sont pas d’origine française. Elles sont anglo-saxonnes et postérieures à la conquête des Anglais au milieu du 18e siècle. Aussi étrange que cela puisse paraître, elles proviennent toutes des Îles Britanniques, plus particulièrement des Îles de Guernesey et de Jersey.

    75 ans après la rédaction de l’article que je citais plus tôt, le site actuel de l’Association des Langlois d’Amérique corrobore encore cette liste. Pour les fins de ce livre, je m’en tiendrai donc à la liste courante et formelle de l’Association.

    Cependant, avant d’élaborer davantage sur ces neuf souches de Langlois, arrêtons-nous un instant sur un dernier aspect intéressant de ce même article. Bien que l’article documente de façon plus détaillé cet élément historique concernant le lien entre les Langlois et les Langlais, je me limiterai seulement à une courte citation pour ne relever que l’essentiel de l’anecdote :

    ‘’ (…) Il faut en outre compter avec ces différentes souches de Langlois, celles qui ont donné naissance à nos nombreuses familles Langlais, qu’on désignait autrefois également sous le nom de Langlois. Toutes ont pris naissance sous ce surnom, au Canada même, et avaient un Anglais pour premier ancêtre au pays. Nous avons relevé les noms d’une vingtaine d’individus d’origine anglaise, mariés et établis au Canada sous le régime français, qu’on désignait parfois sous le surnom de l’Anglois ou Langlois, pour l’Anglais ou Langlais. Mais la plupart de ces familles, issues de colons anglais, ont conservé leur véritable nom. Il ne reste au pays guère plus de quatre souches distinctes, dont les descendants sont maintenant exclusivement désignés sous le seul surnom de Langlais. (…) ’’

    Noël Langlois et Françoise Garnier

    Commençons donc par Noël Langlois qui sera le sujet principal de mon prochain article. Non seulement il a initié la première famille-souche chez les Langlois mais elle est de loin la plus importante de sorte que la majorité des descendants de Langlois de nos jours le revendiquent comme leur premier ancêtre en Amérique. Contrairement à tous nos ancêtres de la première génération – les Langlois, les Paul, les Boulanger et les Blais – qui sont arrivés en terre d’Amérique autour des années 1670, l’arrivée de Noël Langlois date de quelques décennies plus tôt – probablement dès 1633 – alors que la colonie n’était encore habitée que par quelques centaines d’Européens récemment arrivés aussi, et tous concentrés dans la région de Québec. Rappelons aussi le mariage entre Noël Langlois et Françoise Garnier en juillet 1634 qui fut le quatrième à se tenir au Canada.

    Même si Noël Langlois ne fait pas partie de notre famille, il a fréquenté des personnes liées à nos familles. Il s’est établi dans la Seigneurie de Beauport où ‘’régnait’’ Robert Giffard, un important personnage des débuts de la Nouvelle-France, et dont le domestique a été un moment notre premier ancêtre chez les Paul et ce, juste avant la mort de Giffard en 1668. Noël Langlois était très lié à Robert Giffard.

    Robert Giffard qui était le Seigneur de la Seigneurie de Beauport a également été très étroitement lié à Jean Bourdon, arpenteur. Tous deux ont ‘’utilisé’’ les balbutiements de la Seigneurie de Beauport pour tester les fondements de l’organisation du territoire qui seront ensuite en vigueur au cours des siècles à venir. C’est ce même Bourdon qui était le Seigneur de la Seigneurie de Dombourg – entre autres choses – et qui accordera une terre à notre Nicolas Langlois à Neuville en 1667. Petit monde. 

    Dans le prochain article dimanche prochain, nous irons plus loin en racontant brièvement la vie de Noël Langlois, qui est l’ancêtre de la vaste majorité des Langlois en Amérique.

    Source de l’image – BAnQ

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