L'histoire des Boulanger et des Langlois

En passant par les Paul et les Blais. De la Nouvelle-France à aujourd'hui.


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    Pré-commandes pour le livre sur la famille Langlois

    Après presque quatre ans de recherches et de rédaction, y compris les différents cycles de relectures, le premier tome de l’histoire de mes quatre familles est maintenant sur le point d’être publié. Il le sera d’ici la première moitié de décembre, à temps pour Noël pour ceux et celles qui cherchent des idées de cadeaux.

    C’est donc le temps de commander votre (vos) copie (s) pour vous ou encore pour des amis ou des membres de votre famille.

    En guise de rappel, le projet global est de raconter l’histoire de mes quatre familles – les Langlois, les Paul, les Blais et les Boulanger – à travers trois tomes qui seront publiés graduellement au cours des prochaines années. L’histoire de la famille Langlois – du côté maternel – est le premier de ces trois tomes. À travers près de 700 pages, il raconte en détail en 34 chapitres, plus de 350 ans d’histoire depuis l’arrivée de notre premier ancêtre en Nouvelle-France, Nicolas Langlois de Neuville, ainsi que leur descendance jusqu’à mes grands-parents décédés il y a 25 ans cette année – Georges Langlois et Gertrude Paul. On parle ici de presque dix générations.

    Dans cet article, trois photos illustrent ce produit final pour vous donner une bonne idée de la lecture qui vous attend.

    Le livre sera disponible quelque part pendant la première moitié du mois de décembre. Il sera vendu au coût d’impression, à savoir $40. Puisqu’il ne sera disponible qu’en petite quantité à travers la famille et les connaissances, vous devez pré-commander votre (vos) copie(s) avant l’impression du bouquin prévu pour la fin de novembre.

    La date limite pour recevoir à temps cette première version du livre est de commander avant le 30 novembre en envoyant votre commande par courriel à gbou99@hotmail.com avec le nombre de copies désirées et vos coordonnées pour l’adresse de destination.

    Quelques lecteurs de la famille ont déjà eu l’opportunité de lire la version 0 du livre – celle que vous pouvez voir sur les photos qui illustrent cet article. Les commentaires à date sont plus que positifs. Cela deviendra un ouvrage de référence pour nous tous et pour les générations futures.

    Pour ceux et celles qui pourraient être intimidés par un livre de près de 700 pages, disons qu’il est abondamment illustré pour enrichir grandement le texte et les commentaires à date indiquent qu’il se lit très bien, de façon fluide et agréable. Évidemment, il contient une foule d’informations, souvent surprenantes, ainsi que des photos inédites qui en étonneront plusieurs. Tout au long du livre, il intègre à la fois l’histoire familiale des Langlois et notre grande Histoire collective du Québec, avec un petit avant-goût de celle de mes trois autres familles qui ont vécu dans d’autres régions du Québec.

    Le deuxième tome – celui sur la famille Paul – devrait être publié autour de la fin 2026.

    Au plaisir de vous compter parmi nos lecteurs.


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    Premier livre – Georges et Gertrude

    La semaine dernière, j’ai publié sur ce site un texte sur la mort de mes grands-parents Georges Langlois et Gertrude Paul, tous les deux décédés à quelques jours d’intervalle en juillet 1999, soit il y a exactement 25 ans ces jours-ci.

    Un livre d’une centaine de pages est publié ces jours-ci pour raconter leurs vies.

    Temps de lecture estimé – 5 minutes

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    Pour souligner le 25e anniversaire du décès de mes grands-parents survenu en juillet 1999, j’ai proposé à la famille immédiate d’organiser un rassemblement familial qui réunira les tantes et oncles, cousins et cousines, descendants et descendantes de Georges et Gertrude, d’autant plus que la majorité d’entre nous ne se sont pas rencontrés depuis ces funérailles doubles de juillet 1999.

    C’est en faisant ce constat que l’on réalise à quel point les grands-parents constituent un rempart familial naturel qui réunit une famille et qui se dissout graduellement après leur disparition.

    La famille a répondu positivement à cette initiative et la plupart des invités seront présents dans quelques jours, le dimanche 11 août prochain.

    De mon côté, tout en poursuivant les dernières étapes avant la publication du premier tome de mes recherches Sur la trace de mes ancêtres qui se concentrera sur la première de mes quatre familles – celle des Langlois – j’effectuais ces dernières semaines une dernière lecture du manuscrit qui fera environ 670 pages. Page par page. Chapitre par chapitre. La deuxième partie du livre est intitulée En commençant par la fin et couvre une centaine de pages réparties parmi cinq chapitres. Ces chapitres racontent justement la vie de mes grands-parents Langlois.

    Pour développer cette partie il y a deux ans, j’avais demandé à ma mère et à ses quatre soeurs, de réfléchir à la vie de leurs parents et de me soumettre des anecdotes et des souvenirs les concernant. Ces anecdotes ont bien servi la trame narrative du récit ainsi que plusieurs photos et artéfacts de toutes sortes provenant des archives de ma grand-mère Gertrude que l’on a retrouvés après sa mort. Il s’agissait donc de mettre en un seul endroit tous ces souvenirs pour en faire une référence familiale. Il était évidemment prévu pour ce premier tome sur les Langlois qui sortira dans quelques semaines.

    En revisant une dernière fois les cinq chapitres de ce récit afin d’identifier les dernières coquilles ou fautes d’orthographe, j’ai pensé qu’il serait probablement approprié d’en publier un tiré à part avec un livre consacré uniquement à leurs vies, abstraction faite de toutes les autres péripéties généalogiques de nos ancêtres Langlois qui parcoureront les quelque 600 autres pages du livre.

    De façon beaucoup plus terre-à-terre et personnelle, cette publication à petite échelle était également destinée à m’aider à maîtriser davantage le processus de publication que j’avais amorcé avec un collègue de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est et qui rencontrait déjà quelques obstacles qu’il valait mieux tenter de comprendre ou résoudre à petite échelle le plus tôt possible avant d’avoir à les confronter avec un livre de près de 700 pages rendant les erreurs potentielles beaucoup plus importantes et coûteuses.

    Aussitôt dit, aussitôt fait. En 24 heures, j’ai pu extraire du livre cette centaine de pages et en faire un livre complètement à part, indépendant du premier tome sur les Langlois. Ma mère et ma tante Isabelle ont accepté d’être les premières lectrices pour identifier rapidement les quelques coquilles qui restaient encore dans le manuscrit et en quelque 5-6 heures, nous avions une version finale prête pour publication et qui pourrait arriver à temps avant la journée du 11 août. Merci à elles !

    Quelques jours supplémentaires ont permis ensuite de tester les étapes de l’impression et des délais de livraison. Quatre jours ouvrables ont donc suffi non seulement pour l’envoi et l’imprimerie du manuscrit à Toronto… mais j’avais déjà en main le livre en question en plusieurs dizaines d’exemplaires.

    Avec en prime, un résultat final qui est tel que pensé à l’origine… et tout le processus de publication a pu être testé et a bien répondu et ce, sans anicroche. Le niveau de confiance des prochaines semaines pour générer rapidement le produit final du  »vrai » livre s’en est donc trouvé de beaucoup augmenté.

    Voici une photo de ce résultat final. Le livre accompagnera donc la rencontre familiale du 11 août prochain.

    Le livre comprend cinq chapitres en un peu moins de 100 pages :

    • Georges et Gertrude – Juillet 1999 (c.-à-d. l’extrait de la semaine dernière sur ce site)
    • Enfance
    • Fréquentations, mariage et vie de famille
    • Une deuxième vie
    • Les dernières années

    Si des membres de la famille immédiate lisant ce texte et ne participant pas à la rencontre du 11 août désirent une copie de ce livre en attendant celui de 670 pages, veuillez me le faire savoir en message privé ou en commentaire au bas de l’article. Il restera quelques copies avec la possibilité d’en imprimer d’autres si nécessaire s’il y avait une demande minimale supplémentaire. Sinon, ce texte sera inclus dans le premier tome à venir cet automne.

    Photo de la page couverture du livre. Pique-nique familial avec la première automobile familiale au début des années 1940.


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    Georges et Gertrude – Juillet 1999

    Ces jours-ci, la famille se remémore les décès de mon grand-père Georges et de ma grand-mère Gertrude, tous deux décédés il y a 25 ans ces jours-ci en juillet 1999, à 11 jours d’intervalle. Voici un article – le premier de quatre qui seront consacrés à cet anniversaire. Il est extrait du chapitre 4 du livre à venir sur notre famille Langlois.

    Temps de lecture estimé – 10 minutes

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    Bien que nos grands-parents Langlois nous aient tous les deux quitté à seulement onze jours d’intervalle il y a 25 ans ces jours-ci, ils restent encore bien présents dans nos esprits. Tous les deux avaient environ 85 ans au moment de leur départ à l’été de 1999 et ils en auraient plus de 110 aujourd’hui. La mort de Gertrude était plus prévisible ayant souffert d’un cancer récurrent pendant de nombreuses années mais celle de Georges à peine une dizaine de jours plus tard aura surpris tout le monde. Bien que sa santé se fragilisait graduellement, le départ de son épouse de presque 65 ans a probablement contribué à son décès soudain.

    Trop faible physiquement, il n’avait pu assister aux funérailles de Gertrude. La veille, nous étions allés le chercher à sa nouvelle résidence pour personnes âgées de Weedon. Gertrude était morte depuis plus de deux jours déjà mais il ne le savait pas encore. Personne n’avait encore osé lui dire. Il le sentait sûrement. Toute la famille se rappelle le voir recueilli au pied du cercueil dans un salon funéraire de l’est de Sherbrooke, fixant sans arrêt sa compagne de toute une vie qu’il ne reverrait plus. Un peu perdu sans doute.

    Sa visite au salon aura été courte. Moins d’une heure en fait. En le raccompagnant chez lui, il a peu parlé. Il aurait confié à mon père et à mon frère Gilles qu’il se ‘’laisserait maintenant aller’’ pour rejoindre sa compagne. Propos saisissant que tout le monde a vite rationalisé. Façon de parler probablement alors que d’autres trouvaient ça touchant, voire même romantique. Réaction normale de sa part, lui qui essayait de digérer une nouvelle soudaine qui bouleverserait quand même le reste de sa vie alors que ce couple a traversé ensemble plus de six décennies. Façon pour lui également d’exprimer son état d’esprit au moment où il absorbait le fait qu’elle était donc vraiment partie. Sa santé devenant de plus en plus chancelante, il était difficile pour toute la famille de vraiment saisir s’il avait pleinement conscience de cette réalité nouvelle autour de lui.

    La tranquille sérénité de cette visite de Georges au salon a probablement marqué toute la famille et reste probablement le souvenir principal de ces quelques jours. Le lendemain matin, la distance d’environ 75 kilomètres entre Sherbrooke et La Patrie a créé inévitablement un cortège funéraire dans cette région des Cantons-de-l’Est qui aura duré plus d’une heure et auquel j’ai pris part tout comme la majorité des membres de la famille, répartis sur trois ou quatre générations.

    Les funérailles de Gertrude ont donc eu lieu en l’église Saint-Pierre de La Patrie en ce matin de juillet et en l’absence du principal concerné, mon grand-père, considéré trop faible pour une telle journée. La mise en terre a suivi tout de suite après dans le cimetière de la paroisse situé juste à côté. Un lot familial qu’ils avaient acheté des années auparavant.

    Après la journée des funérailles, tout le monde est retourné dans son quotidien pour aller vivre son deuil, chacun à sa manière comme on fait quand quelqu’un de proche quitte, chacun avec ses souvenirs, précis ou plus vagues, selon les liens plus ou moins proches créés à travers les années avec la disparue ; une mère pour les cinq sœurs de cette famille, une grand-mère ou une arrière-grand-mère pour beaucoup d’autres, une cousine ou une belle-mère pour certains, ou encore une amie ou une connaissance d’un moment ou de toute une vie pour bien d’autres.

    Mon grand-père Georges avait toujours été un homme calme et généralement de peu de mots, bien qu’on le sentît plus nerveux et plus vulnérable dans ses dernières années à mesure qu’il vieillissait. Tout le monde s’y était habitué avec le temps. Il avait des problèmes de surdité et portait parfois un appareil auditif pour l’assister depuis de nombreuses années. Les mauvaises langues disaient qu’il décidait probablement de temps en temps de débrancher son appareil pour se ‘’retirer du monde’’ afin de réduire le nombre de décibels autour de lui, ayant vécu toute sa vie entourée de 6 femmes – sa femme et ses cinq filles.

    En cette fin d’été 1999 en apprenant le décès de grand-maman au pied du cercueil, il était de toute évidence ‘’dans son monde’’, comme il nous avait habitué, et isolé de l’environnement ambiant même s’il était celui qui aurait dû lever la main pour avoir tous les détails sur ce qui se passait. Avec ces quelques mots qu’il nous avait laissés, il nous avait pourtant livrer l’essentiel sans que personne n’y porte vraiment attention.

    Difficile d’imaginer ce que furent pour lui les quelques journées qui ont suivi. Était-il dans le déni? Espérait-il la voir réapparaitre d’un jour à l’autre dans le cadre de la porte de sa nouvelle chambre dans cette résidence pour personnes âgées qu’on nous avait imposée et dont il ne connaissait absolument rien quelques jours plus tôt? Et aucun visage familier pour répondre à ses questions probablement nombreuses ou pour le rassurer sur l’après-Gertrude.

    Pendant ces quelques semaines qui ont précédé le décès de Gertrude, le ‘’système’’ avait décidé de les séparer étant donné la condition de plus en plus précaire de grand-maman. Elle sera placée à Sherbrooke pour recevoir plus de soins spécialisés. Lui devra aller vivre dans une résidence à Weedon, à une heure de route de Sherbrooke et sans famille immédiate autour. Une chambre venait de se libérer et il fallait sauter sur l’opportunité pour éviter les listes d’attente.

    Tout va trop vite, y compris pour ma mère et ses sœurs qui étaient encore à se demander comment gérer cette nouvelle situation au quotidien. Et voilà grand-maman qui meurt au milieu de cette transition après avoir été de nouveau hospitalisée. Elle s’éteint rapidement après quelques jours de veille à son chevet dans sa chambre de l’hôpital Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

    Et c’est à la surprise de tout le monde que grand-papa nous quitte à son tour dans son sommeil ce 24 juillet 1999, à peine une semaine après les funérailles de Gertrude. Un deuxième choc à quelques jours d’intervalle.

    Grand-papa Georges est donc parti un peu comme tout le monde se rappelle de lui au cours de toute sa vie… probablement serein, presque sur la pointe des pieds et sans déranger personne.

    En l’espace de quelques jours, cette génération de nos grands-parents de la lignée généalogique des Langlois avait quitté et laissait toute la place aux générations suivantes. Une génération complète qui se fermait, soudainement et sans préparation. Ce couple qui a évolué sur une période d’environ 85 ans a couvert plus ou moins à lui seul tout le vingtième siècle, de la première guerre mondiale jusqu’à la toute fin du millénaire, dans les derniers mois de l’année 1999.

    Le livre à venir sur les Langlois remontera dans le temps pour reconstituer tous les pans de l’histoire de mes grands-parents Langlois. C’est ce que je tenterai de faire pendant quelques chapitres de ce livre avec l’aide de ma mère et de ses quatre sœurs qui les ont mieux connus.

    Georges Langlois (20 septembre 1913 – 24 juillet 1999)

    Gertrude Paul (4 novembre 1914 – 13 juillet 1999)

    Pierre tombale du lot familial au cimetière Saint-Pierre de La Patrie, près des frontières américaines. Mort de Georges et de Gertrude à onze jours d’intervalle en 1999. Les anges de chaque côté représentent les deux enfants mort-nés au début de leur mariage dans les années 1930 et 1940.


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    Les débuts des Cantons-de-l’Est (2 de 2)

    Introduction à l’article – On pense probablement que l’on écrit un tel livre dans l’ordre des chapitres. Pas dans mon cas selon cette expérience qui vient de se terminer. Ce livre a été écrit  »dans le désordre » sur une période de plus de trois ans en fonction des circonstances du moment. Souvent en fonction d’une aide disponible à un moment précis pour couvrir un aspect du livre. Par exemple, ce chapitre 2 au début du livre est pourtant l’avant-dernier chapitre que j’aurai écrit avant de compléter le livre. Il a été finalisé au cours des derniers jours. Encore tout frais.

    Voici le 2e de 2 articles qui couvrent le chapitre 2 et qui donnent un aperçu général des débuts des Cantons-de-l’Est. Ces débuts se situent environ 200 ans après les débuts de la Nouvelle-France. En fait, la Nouvelle-France n’existait formellement plus quand on a commencé à s’intéresser aux Cantons-de-l’Est.

    La grande partie de l’histoire des Langlois se situera davantage près de Québec dans la vallée du Saint-Laurent le long du fleuve. De Neuville à Cap-Santé, ensuite de Sainte-Anne-de-la-Pérade à Saint-Casimir sur une période de 250 ans. Au moment de la colonisation des Cantons-de-l’Est, nos quatre familles – les Langlois, les Boulanger, les Paul et les Blais – convergeront toutes vers La Patrie à peu près au même moment. Ce ne sera pas un hasard.

    Si vous avez manqué l’article de la semaine dernière, on peut retourner à la première partie en cliquant ici.

    Temps de lecture estimé – 17 minutes

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    3Les débuts de Sherbrooke

    L’ouvrage de référence de l’histoire des Cantons-de-l’Est est probablement ‘’Histoire des Cantons de l’Est’’ publié il y a environ 25 ans aux Presses de l’Université Laval. Un ouvrage d’environ 800 pages, co-écrit par Jean-Pierre Kesteman, Peter Southam et Diane Saint-Pierre, projet qui avait son origine au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke et qui s’est étendu sur plusieurs années. Il fait d’ailleurs partie d’une collection d’une dizaine de bouquins publiés à la même époque racontant l’histoire d’autant de régions du Québec.

    À l’ouverture de ces nouveaux territoires, l’attribution de concessions de terres ne s’est pas faite sans obstacles. Différentes problématiques ont contribué à la lenteur du processus. On peut mentionner sans ordre d’importance l’occupation illégale de certaines terres, des propriétaires peu intéressés à mettre leurs terres en valeur, l’imprécision de l’arpentage, une bureaucratie peu adaptée aux circonstances, l’environnement plutôt rudimentaire comme l’absence de bureaux d’enregistrement de biens fonciers jusqu’en 1830 et le manque de voies de communication pour se déplacer facilement sur ces territoires.

    L’ouvrage mentionné plus haut fait état des conséquences de ces débuts plus lents qu’envisagés :

    ‘’Les effets combinés de vastes concessions par blocs, du système de réserves du clergé et de la couronne et de pratiques spéculatives entraînent rapidement une véritable disette de terres pour les personnes désireuses de s’établir et de défricher un lot. En 1832, on peut évaluer que sur 1 106 000 hectares que comptait le domaine public des Cantons de l’Est à l’ouverture des concessions en 1792, à peine le cinquième, soit environ 240 000 hectares a été concédé à des particuliers en vue de leur établissement effectif. Environ la moitié du total, soit 559 000 hectares est constitué de réserves du clergé et de la Couronne, y compris un bloc non arpenté de 336 000 hectares dans les Hautes-Appalaches. Les 310 000 hectares restant, soit 23% du total, sont entre les mains des spéculateurs.’’

    On considère Gilbert Hyatt comme étant le fondateur de Sherbrooke. On peut en parler pour justement illustrer l’environnement de cette époque. Un article de Monseigneur Albert Gravel, un historien de la région des Cantons-de-l’Est qui avait beaucoup écrit sur le sujet, avait été publié en 1988 dans la revue L’Entraide généalogique de la Société de généalogie des Cantons de l’Est. L’article racontait les péripéties de Hyatt et de ses partenaires (y compris ses sept fils) à obtenir des lots à travers ce processus. Ils arrivent de la Nouvelle-Angleterre suite à la guerre d’indépendance américaine.

    Citons un extrait de cet article :

    ‘’Après la guerre, étant persécuté par les Américains indépendants à cause de ses sentiments loyaux envers l’Angleterre, il se réfugia en cette province du Bas-Canada, avec son épouse, sept fils et trois filles, en l’année 1780. Lui-même, Gilbert Hyatt, fils, dit avoir porté les armes durant les années qui suivirent, jusqu’au licenciement de 1783, dans le régiment des Américains Loyaux sous le commandement du major Jessup. Pour leurs services, ni lui ni son père n’ont jamais reçu aucun octroi en terre incultes de Sa Majesté. Cependant, en 1792, lui-même a obtenu une autorisation d’arpentage pour le canton d’Ascot.

    Les divisions et délimitations de ce canton furent faites et entièrement complétées en 1794. Il fut le premier à tenter la colonisation des terres incultes en cette région du comté de Bedford (il fait erreur, Ascot était dans Buckinghamshire), à ouvrir un chemin vers Ascot, à 60 milles de la plus proche habitation, rehaussant par ce fait la valeur des réserves de la couronne et du clergé et entraînant des associés à le suivre en imitant son exemple et sa persévérance.

    Il s’est toujours conformé aux lois et ordonnances émises par le gouvernement dès qu’ils vinrent à sa connaissance, poursuivant la colonisation du canton d’Ascot, certain en cela de remplir les désirs du gouvernement; mais il a été grandement peiné depuis, apprenant qu’il avait mal fait et agit prématurément.(…)’’ 

    L’article, présenté en deux parties dans deux numéros différents de la revue, rend compte des difficultés d’obtenir les lots projetés dans le canton d’Ascot, qui deviendra Sherbrooke. L’histoire aura finalement un dénouement heureux. L’histoire en aura retenu qu’il fut le fondateur de Sherbrooke :

    ‘’Les travaux qui vont se continuer au canton d’Ascot, démontreront amplement la bonne foi de Gilbert Hyatt. Il fut le premier à construire un moulin à farine dans Ascot près de la rivière Magog; Jonathan Parker s’occupa de carderie, tandis que Jonathan Bell construisait la première scierie du côté d’Orford. Deux associés d’Hyatt, les Dorman, élevèrent une perlasserie aux Petites Fourches (Lennoxville). Dès 1800, David Moe, un autre associé, avait construit la première grange aux limites actuelles de la ville. La construction de cette grange en planches démontre qu’il y avait alors une scierie. L’endroit prit bientôt le nom de celui qui en poussait le développement comme un véritable pionnier. Les Grandes Fourches devinrent Hyatt’s Mills.’’

    Un autre article paru dans la revue Histoire Québec en juin 2002 sous le titre ‘’La colonisation dans les Cantons de l’Est’’ sous la plume de Gilles Boileau selon les récits de l’Abbé Ivanhoé Caron et Arthur Buies résume le résultat final :

    ‘’Les deux comtés de Sherbrooke et de Richmond sont coupés en plein milieu par la rivière Saint-François, qui fournissait dans le temps une bonne voie de pénétration. Aussi les cantons qui sont renfermés dans ces deux comtés furent-ils convoités dès le commencement. Dans le comté de Sherbrooke, le tiers (14 280 acres) du canton d’Orford fut concédé, le 5 mai 1801, à Luke Knowlton, et la moitié (20 188 acres) du canton d’Ascot, à Gilbert Hyatt, le 21 avril 1803. Aucun des associés de Luke Knowlton ne vint s’établir et le canton d’Orford resta pendant de longues années complètement abandonné. Le canton d’Ascot, au contraire, se développa rapidement. C’est qu’il y avait là, à la tête des associés, un homme d’énergie, Gilbert Hyatt.’’

    Sherbrooke vers 1868. Source: Eastern Townships Resource Center.

    4Une colonisation anglophone qui attirera graduellement les francophones

    Un des aspects qui illustre le mieux ce passé anglophone de la région des Cantons-de-l’Est depuis ses débuts est certes le quotidien The Record qui dessert toujours la communauté anglophone de la région estrienne.

    Fondé en 1878 comme hebdomadaire sous le nom du Weekly Examiner, il devient rapidement quotidien sous le nom The Sherbrooke Examiner. Dès 1897, il devient The Sherbrooke Daily Record, ensuite Sherbrooke Daily Record, et finalement The Record.

    Il a en son temps appartenu à Conrad Black, un magnat canadien de la presse internationale qui avait commencé à construire son empire avec ce petit journal de Sherbrooke. Le journal survit plus péniblement de nos jours avec une population anglophone plus rare, plus vieillissante et moins attachée à ces symboles du passé. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui un quotidien anglophone au Québec survivre en dehors de la grande région montréalaise.

    Édition du 5 janvier 1894 – The Sherbrooke Examiner. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

    Édition du 4 septembre 1915 – Sherbrooke Daily Record. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

    Carte de Sherbrooke vers 1933. Source : Bibliothèque et Archives nationales (BAnQ).

    En retournant au bouquin Histoire des Cantons de l’Est des auteurs Kesteman, Southam et Saint-Pierre, aux pages 264 et 265, l’implantation graduelle des francophones sera rapide. On indique qu’en 1844, 85% de la population totale des Cantons-de-l’Est est anglophone mais qu’en 1921, moins d’un siècle plus tard, cette portion sera ramenée à seulement 23.7%.

    ‘’Au recensement de 1844, la population non canadienne-française représente 47 900 personnes, soit 85% de la population des Cantons de l’Est. Il s’agit essentiellement d’anglophones originaires de la Nouvelle-Angleterre ou des îles britanniques, plus rarement d’autres pays européens. Ce groupe s’accroît durant les quinze années suivantes pour atteindre les 72 700 en 1861. Toutefois, durant le demi-siècle qui suit, la population anglophone plafonne, avec une légère tendance à la baisse, pour se retrouver à 65 000 personnes en 1911. La décennie suivante connaît une nette décroissance, ce groupe passant sous le seuil des 60 000.

    Par contre, l’augmentation de l’élément francophone ne cesse, durant ces mêmes décennies, de faire tomber la part de la population anglophone qui commence à devenir minoritaire un peu avant 1880, se maintient pendant deux décennies autour de 40%, puis décline rapidement dans les deux décennies suivantes. En 1920, le groupe anglophone ne représente plus que la quart de la population totale. (…) Le rythme d’accroissement de la population francophone est de son côté impressionnant : en 35 ans, entre 1844 et 1880, il décuple, puis il double au cours des quatre décennies suivantes.’’

    En 1921, il y avait une population plus ou moins stagnante autour des 60 000 anglophones. C’était la moyenne au cours de la période entre 1850 et 1920. Pendant la même période, la population francophone passera de 8 500 habitants en 1844 à plus de 170 000 en 1921. De nos jours, selon le site du commissariat aux langues officielles du Canada, on estime la proportion de personnes qui parlent anglais comme première langue officielle en Estrie à seulement 2%.

    5Vers La Patrie

    La portion des Cantons-de-l’Est à l’est de la région, celle qui est limitrophe aux États de la Nouvelle-Angleterre – Maine, Vermont et New Hampshire – sera la plus lente à se développer. Ce sera celle où se développera éventuellement la région qui entourera La Patrie, la communauté où nos quatre familles convergeront à peu près au même moment au début du 20e siècle. Selon le recensement canadien de 1891, au moment où la région des Cantons-de-l’Est au complet comptera quelque 33 400 habitants, dont le tiers soit plus de 10 000 à Sherbrooke seulement, la sous-région des Hautes-Appalaches à l’est de Sherbrooke qui va des frontières américaines jusqu’à Thetford Mines ne comptera qu’à peine 4 600, dont la très grande majorité – 3 400 – est localisée à Thetford Mines. Le reste – 1 200 – était essentiellement autour du Lac Mégantic. Il restera donc encore beaucoup à faire.

    Quelques années plus tard quand nos ancêtres s’amènent à La Patrie, c’est la colonisation de ce nouveau territoire qui commence. Le nombre d’habitants passera de 4 600 à plus de 15 000 habitants vingt ans plus tard lors du recensement de 1911. La Patrie fait maintenant partie du décompte mais si peu.

    Comme on le verra au prochain chapitre, des opérations de colonisation francophone s’amorceront à la fin du 19e siècle pour peupler davantage les cantons autour du mont Mégantic comme ceux de Ditton, Chesham et d’Emberton – qui éventuellement deviendront des noms plus familiers, à savoir La Patrie, Notre-Dame-des-Bois et Chartierville respectivement.

    Ces opérations viseront non seulement à augmenter la population francophone mais aussi à rapatrier les québécois de souche qui s’étaient laissés tenter par l’aventure de la Nouvelle-Angleterre à la recherche d’emplois demandant peu d’éducation. Ces initiatives viseront également à attirer des immigrants venus de France.

    Ville de Sherbrooke autour des années 1880. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

    Ancienne cathédrale Saint-Michel de Sherbrooke à la fin du 19e siècle avec un horizon qui indique une ville très peu étendue. Source: Eastern Townships Resource Center.

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    Sources bibliographiques principales et ressources complémentaires

    • Chronologie parlementaire depuis 1764 (1829-1830), site de l’Assemblée nationale du Québec (assnat.qc.ca)
    • La colonisation dans les Cantons de l’Est, Gilles Boileau, Histoire Québec, Volume 8, numéro 1, juin 2002, pp. 35-39
    • Histoire des Cantons de l’Est, Jean-Pierre Kesteman, Peter Southam et Diane Saint-Pierre, Les Presses de l’Université Laval, 1998, 832 pages
    • Histoire populaire du Québec, Tome 2 – De 1791 à 1841, Jacques Lacoursière, Éditions Septentrion, 2013, 648 pages
    • Glanures historiques – Gilbert Hyatt, fondateur de Sherbrooke, première partie, Mgr Albert Gravel, L’Entraide généalogique de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est, Volume 10 numéro 3, 1988, pp. 67-69
    • Glanures historiques – Gilbert Hyatt, fondateur de Sherbrooke, deuxième partie, Mgr Albert Gravel, L’Entraide généalogique de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est, Volume 10 numéro 4, 1988, pp. 99-101
    • Wikipédia – Cantons de l’Est (Québec)
    • Aux sources de notre histoire religieuse dans les Cantons de l’Est, Abbé Albert Gravel, Apostolat de la Presse, 1952, 144 pages
    • Histoire de Sherbrooke, Tome 1 : de l’âge de l’eau à l’ère de la vapeur (1802-1866), Jean-Pierre Kesteman, Éditions GGC, 2000, 353 pages
    • Histoire de Sherbrooke, Tome 2 : de l’âge de la vapeur à l’ère de l’électricité (1867-1896), Jean-Pierre Kesteman, Éditions GGC, 2001, 282 pages
    • Histoire de Sherbrooke, Tome 3 : La ville de l’électricité et du tramway (1897-1929), Jean-Pierre Kesteman, Éditions GGC, 2002, 294 pages
    • Le comté de Sherbrooke vers 1838, Jacques Gagnon, L’Entraide généalogique de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est, Volume 38, numéro 1, 2015, pp. 15-16

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    Les débuts des Cantons-de-l’Est (1 de 2)

    Mise à jour du projet – Nouvelle étape qui commence pour la publication du premier tome, soit celui sur l’histoire des Langlois ! Le premier manuscrit est maintenant officiellement terminé. Changement drastique de régime de mon côté après presque 3 ans et demi de recherches et d’écriture. Au cours des derniers jours, les 35 chapitres qui composeront ce premier tome ont été assemblés pour la première fois – dans l’ordre – avec un premier formattage standardisé en mode  »livre ». Nouveau jouet avec un fichier d’environ 100 MG dans le format final du livre de 9 pouces par 6 pouces (par rapport au format 8 1/2 par 11 utilisé pendant la rédaction). Plus de 700 pages en sont ressorties – chiffre étonnant même pour moi mais en partie dû à la ‘collision’ entre les deux formats – pour espérer au final un résultat plus proche de 600 pages avec maintenant plusieurs semaines de relectures et de revisions finales à venir.

    L’autre bonne nouvelle est que cette nouvelle version 9 x 6 a déjà été validée par le robot de l’imprimeur comme respectant toutes les contraintes techniques avant l’impression du livre, ce qui veut dire que ce processus ne devrait prendre que quelques jours quand je serai prêt à presser sur le bouton. Donc, de gros soucis en moins en quelques jours seulement avec un gros merci à Pierre Connolly de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est qui est passé à travers ce processus quelque 200 fois au cours des dernières décennies. Un processus très intimidant pour un néophite comme moi mais qui est rendu beaucoup plus simple et rassurant avec quelqu’un comme Pierre.

    La version 0 devrait probablement sortir des presses pour les fins du petit comité de relecture finale – à la fin de l’été – pour coquilles finales avant l’impression du livre pour tous, qui elle est prévue pour la fin de l’automne.

    *****

    Introduction à l’article – On pense probablement que l’on écrit un tel livre dans l’ordre des chapitres. Pas dans mon cas selon cette expérience qui vient de se terminer. Ce livre a été écrit  »dans le désordre » sur une période de plus de trois ans en fonction des circonstances du moment. Souvent en fonction d’une aide disponible à un moment précis pour couvrir un aspect du livre. Par exemple, ce chapitre 2 au début du livre est pourtant l’avant-dernier chapitre que j’aurai écrit avant de compléter le livre. Il a été finalisé au cours des derniers jours. Encore tout frais.

    Voici le 1er de 2 articles qui couvriront le chapitre 2 et qui donnent un aperçu général des débuts des Cantons-de-l’Est. Ces débuts se situent environ 200 ans après les débuts de la Nouvelle-France. En fait, la Nouvelle-France n’existait formellement plus quand on a commencé à s’intéresser aux Cantons-de-l’Est.

    La grande partie de l’histoire des Langlois se situera davantage près de Québec dans la vallée du Saint-Laurent le long du fleuve. De Neuville à Cap-Santé, ensuite de Sainte-Anne-de-la-Pérade à Saint-Casimir sur une période de 250 ans. Au moment de la colonisation des Cantons-de-l’Est, nos quatre familles – les Langlois, les Boulanger, les Paul et les Blais – convergeront toutes vers La Patrie à peu près au même moment. Ce ne sera pas un hasard.

    Suite du chapitre 2 la semaine prochaine…

    Temps de lecture estimé – 17 minutes

    *****

    1Introduction

    Ce livre contiendra des centaines de pages en racontant l’histoire de notre famille Langlois. La majeure partie de ces pages se déroulera dans la vallée du Saint-Laurent au moment où les Cantons-de-l’Est (ou les Eastern Townships) n’existaient pas encore. Pendant longtemps, ce seront de vastes territoires inexploités, pour l’essentiel inhabités, donc encore inhospitaliers aux humains au 17e, 18e et au début du 19e siècle.

    Un aperçu des débuts des Cantons-de-l’Est a certainement sa place dans l’introduction de ce livre car c’est dans cette région que convergeront nos quatre familles au moment des débuts de la colonisation de ces nouveaux territoires. Ce sera une époque où notre petite histoire familiale sera liée de très près à la grande histoire du Québec. On verra plus loin d’ailleurs que ce ne sera pas la seule fois dans ce livre qu’une telle chose se passera. L’histoire de notre famille ne s’est pas déroulée dans une bulle déconnectée de l’environnement immédiat.

    Évidemment, ce court chapitre ne vise qu’à donner un vaste contexte à l’ensemble de l’histoire de nos familles. Il a comme objectif unique de donner un aperçu général en espérant tout de même qu’il donnera le goût à certains d’aller fouiller plus loin dans cette histoire régionale qui est très différente de l’histoire de la Nouvelle-France qui elle, viendra teinter une bonne partie du reste de ce livre.

    De l’autre côté de ces terres nouvelles mais toujours canadiennes, on retrouve les États de la Nouvelle-Angleterre, terre étrangère. Ce sont d’ailleurs surtout des américains loyalistes au Roi d’Angleterre, qui ont fui les États-Unis après leur guerre d’indépendance de la fin du 18e siècle, qui viendront se réfugier au nord de leur frontière pour coloniser ces nouveaux territoires qui n’intéressaient pas grand-monde jusque-là.

    Au 18e et au 19e siècle, nous sommes encore au Bas-Canada. Nous avions notre parlement à Québec mais le territoire que l’on connait aujourd’hui sous le nom des Cantons-de-l’Est (ou Estrie) faisait partie du grand comté de Buckinghamshire. Comme le site Wikipédia le décrit :

    ‘’Le comté de Buckinghamshire fut un comté créé et divisé en canton (township), chacun d’une superficie de 100 milles carrés (10 milles x 10 milles), par le gouvernement colonial du Bas-Canada (Québec) après la révolution américaine. Sur un territoire d’une superficie d’environ quatre millions d’acres, s’étendant des seigneuries au sud du fleuve Saint-Laurent jusqu’aux frontières américaines et de la rivière Richelieu à la rivière Chaudière. Le comté de Buckinghamshire, était destiné à tous ceux qui désirent s’établir sur les terres de la Couronne dans la Province du Bas-Canada’’.

    Le texte continue ainsi pour bien illustrer que cette région était la nouvelle terre à défricher comme la vallée du Saint-Laurent l’avait été deux siècles plus tôt lorsque nos premiers ancêtres se sont pointés dans la région de Québec le long du fleuve Saint-Laurent :

    ‘’Cette région était, sous le régime français (1534-1760), un immense territoire réservé aux Abénaquis de la grande famille des Peuples algonquins qui ont été refoulés des États de la Nouvelle Angleterre, à la fin du XVIIe siècle. Il contenait ce qui est aujourd’hui la partie méridionale de la province canadienne du Québec. La colonie était surtout peuplée par les descendants des colons Canadiens Français. Désigné sous le nom de Haut Saint-François, ce paradis de chasse et de pêche fut longtemps parcouru seulement par les Amérindiens et des trafiquants de fourrures. À cette époque, aucune colonisation n’avait été faite, on retrouvait seulement un poste de traite situé aux Grandes-Fourches, première appellation de la ville de Sherbrooke. Une grande partie du territoire n’avait pas été cartographiée et était inconnue des européens comme le démontre la carte de Joseph Blanchard en 1756 et est définie comme étendue sauvage encore inconnue (Wilderness yet unknown).’’

    On notera que ces Cantons-de-l’Est se distinguent également par un profil géographique de collines et de montagnes au milieu de la chaîne des Appalaches que l’on partage avec les États-Unis, une géographie qui contraste grandement avec celle de la plaine du Saint-Laurent qui longe sur de grandes distances le fleuve du même nom qui avait jusque-là attiré le développement de la Nouvelle-France.

    Une autre particularité de ces nouveaux territoires est que nous sommes maintenant sous le régime anglais depuis 1763. Avant la conquête des Anglais, nous vivions sous le régime des seigneuries, un système qui était emprunté à la France et qui avait été privilégié au début de la colonie pour le développement du territoire et l’attribution des concessions de terres. Le système anglais emploie plutôt un système de cantons ou de townships. On verra plus loin dans un autre chapitre comment ces deux systèmes fonctionnaient. Cependant, au début de la colonisation des Cantons-de-l’Est, le régime seigneurial vit d’ailleurs ses dernières décennies et sera aboli en 1854.

    On verra plus bas, la carte de ce qui était à l’époque le comté de Buckinghamshire selon les divisions de 1792. Un territoire subdivisé en 93 townships. Comme tous pourront le remarquer, tous les noms portent des patronymes propres à l’Angleterre. Nous sommes dans la période qui suit la conquête de l’Angleterre de 1763. Des noms qui ont été choisis un peu par hasard sans réalité historique propre au territoire. En guise d’exemple, la région qui nous intéressera plus particulièrement à l’est de ce vaste territoire autour de ce qui deviendra éventuellement La Patrie était associée à des noms comme Ditton, Chesham et Emberton que l’on retrouvera plus tard dans notre histoire. Bien que certains noms aient depuis été un peu oubliés, de nombreux autres se sont ancrés dans notre histoire régionale comme Stoke, Bury, Lingwich, Hatley, Windsor, Brompton, Orford, Ascot, Weedon et Eaton. Ces noms familiers viennent de cette toponymie qui est à l’origine de nos Cantons.

    Comme on le verra plus tard dans l’histoire des Langlois, on est loin des Neuville, Cap-Santé, Grondines, Portneuf et autres noms semblables aux consonnances plus françaises, sans compter tous les Saints qui étaient souvent utilisés à toutes les sauces pour nommer villages, ponts, lacs et rivières à travers le territoire de la Nouvelle-France. Avec le temps et à mesure que les francophones se joindront aux anglophones sur le territoire des Cantons-de-l’Est, cette influence francophone prendra graduellement de l’importance dans la toponymie régionale. Par contre, même au 21e siècle, beaucoup de ces éléments restent encore présents. Cela fait également partie de notre histoire régionale.

    2- De nouveaux députés pour de nouveaux territoires

    Si on revient au parlement du Bas-Canada, il faut dire qu’il y avait déjà des frictions importantes entre la majorité francophone qui était installée depuis le milieu du 17e siècle et la minorité anglophone, souvent des notables, qui prenait de plus en plus d’importance depuis la conquête des Anglais en 1763. On retrouvait plusieurs noms anglophones parmi les députés du parlement. Les francophones encore majoritaires en nombre n’étaient guère pressés d’augmenter le nombre de députés en créant de nouvelles circonscriptions pour refléter l’ouverture des territoires des Cantons-de-l’Est, ces townships. Dominés au départ par des habitants anglophones venus d’ailleurs, de nouveaux députés issus de ces nouveaux territoires ne viendraient que consolider davantage l’influence anglophone au parlement de Québec.

    Carte des Cantons-de-l’Est (1792) – Division du Buckinghamshire en townships.

    Ce n’est donc qu’en 1829 que de nouveaux députés s’amèneront à Québec pour représenter ces nouveaux Eastern Townships. On profitera même de cette réforme électorale pour franciser le nom de certaines circonscriptions qui avaient jusqu’alors une consonnance anglophone.

    Dans son deuxième volume de son Histoire populaire du Québec, une œuvre magistrale en cinq volumes sur près de 3 000 pages qui sert aujourd’hui de référence, qui couvre la période de 1791 à 1841, Jacques Lacoursière rend compte de ce développement de la façon suivante aux pages 358 et 359 :

    ‘’Le problème de la représentation électorale des Eastern Townships trouve sa solution au cours de cette session. Les députés adoptent un projet de loi faisant passer de 27 à 44 le nombre de circonscriptions électorales. On profite de la circonstance pour franciser les noms de plusieurs comtés. Ainsi Devon devient L’Islet ; Effingham, Terrebonne ; Hampshire, Portneuf, Hertford, Bellechasse ; Kent, Chambly; Surrey, Verchères; et Warwick, Berthier. Par contre, d’anciens comtés sont subdivisés, donnant ainsi naissance à de nouvelles circonscriptions : Bedford devient Rouville et Missisquoi (…). Quant au nombre de députés, il passe de 50 à 84, dont 8 représentant les Eastern Townships.’’

    À l’époque, on comptait souvent deux députés pour la même circonscription. Ce fut le cas des cinq premiers comtés qui ont envoyé au total huit représentants au Parlement dès les mois suivants à savoir : Ebenezer Peck et Marcus Child pour la nouvelle circonscription de Stanstead, de Frederick George Heriot pour celle de Drummond, de Lyman Knowlton pour Shefford, Richard Van Vliet Freligh et Ralph Taylor pour le nouveau comté de Missisquoi et enfin Benjamin Tremain et Samuel Brooks pour la nouvelle circonscription de Sherbrooke, qui couvrait alors un vaste territoire bien au-delà de la ville que l’on connaît de nos jours.

    Lennoxville vers 1832. Source: Eastern Townships Resource Center.

    À travers cette liste de circonscriptions, on peut facilement imaginer comment l’ensemble du territoire des Cantons-de-l’Est avait été segmenté à l’origine. Ces nouveaux députés s’amènent donc au parlement suite à des élections partielles qui suivent rapidement l’adoption de cette réforme électorale.

    Quelques années auparavant, soit en 1810, le gouverneur de l’époque James Henry Craig avait décidé d’ouvrir un chemin pour se rendre dans ces Cantons de l’Est à partir du territoires des seigneuries. 180 soldats de l’armée britannique avaient été mis à contribution pour accomplir cette mission. Ce sera le chemin Craig, un premier pas pour faciliter les communications avec ces nouveaux territoires et attirer de nouveaux colons. Très rapidement, cette route sous-financée devint impraticable en plusieurs endroits. Dans les années 1830, on a transféré les responsabilités de son entretien aux cantons qui bordaient la route.

    Source : Wikipédia

    Pour les curieux, voici le tracé de cette route ambitieuse telle que décrite sur le site Wikipédia à la page consacrée au Chemin Craig :

    ‘’Pour partir de Québec, les gens devaient se rendre à Saint-Nicolas et emprunter le chemin Saint-Jean jusqu’à Saint-Gilles. Le chemin Craig passe par Saint-Jacques-de-Leeds, puis le canton d’Inverness. Il passe ensuite près de Kinnear’s Mills et ensuite vers la localité de Saint-Jean-de-Brébeuf. Il rejoint le canton d’Ireland (Irlande). Le tracé de Saint-Gilles à Saint-Ferdinand d’Halifax est l’actuelle route 216. De Saint-Ferdinand, on rejoint la localité de Vianney et ensuite, on passe près des petites localités de Trottier Mill et Sainte-Thérèse-de-Chester. Le chemin Craig se poursuit vers Chesterville et Tingwick où il porte encore son nom. On passe ensuite au canton de Shipton où se trouve Danville et rejoint ensuite Richmond par l’actuelle route 116.

    Le reste du trajet vers les États-Unis passe par l’actuelle route 143. Il passe par Windsor, Bromptonville, Sherbrooke, Ayer’s Cliff et Stanstead.’’

    Le chemin Gosford sera ensuite associé à cet objectif de développer une infrastructure routière de base et le réseau se développera graduellement dans diverses directions.

    James Henry Craig vers 1806-1807, à son arrivée au Bas-Canada. Portrait attribué à Sir Thomas Lawrence. Musée McCord, M999.24.1.

    La deuxième partie de ce chapitre sera publié dimanche prochain. Bonne semaine!

    __________

    Sources bibliographiques principales et ressources complémentaires

    • Chronologie parlementaire depuis 1764 (1829-1830), site de l’Assemblée nationale du Québec (assnat.qc.ca)
    • La colonisation dans les Cantons de l’Est, Gilles Boileau, Histoire Québec, Volume 8, numéro 1, juin 2002, pp. 35-39
    • Histoire des Cantons de l’Est, Jean-Pierre Kesteman, Peter Southam et Diane Saint-Pierre, Les Presses de l’Université Laval, 1998, 832 pages
    • Histoire populaire du Québec, Tome 2 – De 1791 à 1841, Jacques Lacoursière, Éditions Septentrion, 2013, 648 pages
    • Glanures historiques – Gilbert Hyatt, fondateur de Sherbrooke, première partie, Mgr Albert Gravel, L’Entraide généalogique de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est, Volume 10 numéro 3, 1988, pp. 67-69
    • Glanures historiques – Gilbert Hyatt, fondateur de Sherbrooke, deuxième partie, Mgr Albert Gravel, L’Entraide généalogique de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est, Volume 10 numéro 4, 1988, pp. 99-101
    • Wikipédia – Cantons de l’Est (Québec)
    • Aux sources de notre histoire religieuse dans les Cantons de l’Est, Abbé Albert Gravel, Apostolat de la Presse, 1952, 144 pages
    • Histoire de Sherbrooke, Tome 1 : de l’âge de l’eau à l’ère de la vapeur (1802-1866), Jean-Pierre Kesteman, Éditions GGC, 2000, 353 pages
    • Histoire de Sherbrooke, Tome 2 : de l’âge de la vapeur à l’ère de l’électricité (1867-1896), Jean-Pierre Kesteman, Éditions GGC, 2001, 282 pages
    • Histoire de Sherbrooke, Tome 3 : La ville de l’électricité et du tramway (1897-1929), Jean-Pierre Kesteman, Éditions GGC, 2002, 294 pages
    • Le comté de Sherbrooke vers 1838, Jacques Gagnon, L’Entraide généalogique de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est, Volume 38, numéro 1, 2015, pp. 15-16

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