Troisième article dans la Série – Filles du Roy. Extraits adaptés du chapitre 8 du livre.
Note: Cet article est le troisième d’une série de quatre articles consacrés aux Filles du Roy en général, et aux trois Filles du Roy de nos familles, à savoir celle chez les Boulanger, celle chez les Langlois et celle chez les Blais. Une lecture préalable des deux premiers articles est recommandée pour mieux comprendre ce troisième. Ces deux récents articles sont intitulés: Les Filles du Roy, c’est quoi? et Nos trois Filles du Roy.
Dans un récent article sur ce site, j’ai introduit les trois Filles du Roy qui sont à l’origine de trois de nos familles. Il nous reste donc à statuer sur notre quatrième ‘’mère’’, celle de la famille Paul – le nom de fille de ma grand-mère maternelle chez les Langlois étant Gertrude Paul. Chez les Paul, ce sera aussi tout un défi de se promener dans les tentacules généalogiques de cette famille. À commencer par une situation étrange à prime abord, soit l’absence de Fille du Roy dans la génération de notre premier ancêtre à traverser l’Atlantique, qui pourtant se passe durant les mêmes années que dans les trois autres familles, soit vers 1670. Non seulement il n’y a pas de Fille du Roy venant de France dans cette génération mais notre ancêtre Paul de la première génération venu en Nouvelle-France a épousé une femme… qui est de façon surprenante née en Nouvelle-France en 1654, une dizaine d’années avant même l’arrivée des premières Filles du Roy alors que bien peu de femmes durant ces années laissaient la France de leur plein gré. Une rareté à tout le moins qu’il me faudra expliquer.
Quand je me suis rendu compte de cette situation, j’ai laissé ce ‘’mystère’’ sur ma liste de nombreux sujets à approfondir en espérant trouver éventuellement une erreur dans mes analyses généalogiques ou encore une explication logique et plausible qui expliquerait cette situation. Plusieurs mois plus tard, j’ai finalement pris le temps de fouiller davantage le sujet lorsque j’ai commencé mes deux chapitres sur les Filles du Roy afin de confirmer toutes les Filles du Roy dans notre famille comme point de départ de mon analyse généalogique pour les fins du livre.
J’ai finalement trouvé la réponse. À la suite de la résolution de cette ‘’anomalie’’ – du moins en apparence – la famille Paul nous permet donc d’introduire la nuance entre Filles du Roy et Filles à Marier dans un contexte historique. Évidemment, une Fille du Roy était une fille à marier mais le ‘’terme’’ de Fille à Marier fait également partie de notre histoire. Pour résumer rapidement, disons que c’est à la suite de l’échec de l’époque des Filles à Marier que l’on a institué le programme des Filles du Roy. Le concept plutôt informel des Filles à Marier est donc antérieur aux Filles du Roy et on le situe entre 1634 et 1663. Au total, il existerait 262 Filles à Marier dans notre histoire collective qui ont immigré en Nouvelle-France pendant ces années. Il existe donc une liste de 262 Filles à Marier et une autre liste des 762 Filles du Roy. Ces Filles à Marier sont généralement venues d’elles-mêmes, seules ou en petits groupes. Elles n’étaient pas recrutées par le Roi et n’ont donc pas reçu de dot ou toute autre assistance pour leur transport ou leur établissement dans la colonie. Étant laissées à elles-mêmes, elles espéraient simplement trouver une vie meilleure en Amérique. Il fallait quand même avoir du courage – sinon être un peu inconsciente diront d’autres plus cyniques – pour faire un tel saut dans l’inconnu. Presque personne en France ne connaissait cette terre inconnue durant ces premières années de la colonisation de la Nouvelle-France. Probablement semblable comme situation aujourd’hui – en exagérant à peine – à quelqu’un qui déciderait d’aller vivre sur la lune ou encore sur une île déserte dans le Pacifique.
On en est venu à la conclusion que si on n’attaquait pas ce problème de peuplement de front, les femmes ne viendraient pas de leur plein gré.
Or, une analyse plus poussée de la généalogie de la famille Paul nous amène à conclure à la présence d’une Fille à Marier dans la génération précédente à celle de nos ancêtres d’origine chez les Paul, c’est-à-dire une génération avant celle des Filles du Roy. J’espère ne pas avoir déjà perdu trop de monde avec cette introduction. Si c’est votre cas, prière de relire plus lentement depuis le début puisque je doute que la suite soit plus simple.
De façon concrète, voici de quoi il s’agit. Notre premier ancêtre dans cette lignée familiale est Paul Hus, né en France le 16 février 1645. Il meurt le 20 mars 1734 à Sorel à l’âge impressionnant de 89 ans, ce qui était plutôt rare à cette époque, la médecine (ou l’absence de) ne favorisait personne qui voulait devenir centenaire. Ses parents étaient nés en France, ce qui en fait notre premier ancêtre de la première génération en Amérique. Jusque-là, rien de spécial. Il est au même niveau générationnel que nos trois autres familles. Il avait marié Jeanne Baillargeon le 16 juin 1669 – la même année que le mariage de notre Marie Arcular, Fille du Roy, qui avait épousé Claude Lefebvre Boulanger en octobre 1669. Mais Jeanne Baillargeon n’est pas Fille du Roy, elle est même née en Nouvelle-France le 5 novembre 1654 à Trois-Rivières, petit village de quelques dizaines de maisons à l’époque. Donc, une vraie canadienne de naissance. Une canadienne de souche ! Elle est morte le 19 août 1733 à l’âge respectable (elle aussi !) de 78 ans, aussi à Sorel.
Donc, étant née en Nouvelle-France, notre ancêtre Jeanne Baillargeon ne peut pas être Fille du Roy selon la définition établie. Elle n’est pas dans la liste de référence d’Yves Landry non plus après une vérification rapide de routine. Cependant, en remontant notre généalogie vers la génération précédente (là où généralement durant ces années on aboutit en France avec des parents qui n’ont jamais traversé l’Atlantique), ses parents étaient Mathurin Baillargeon (qui est en passant un des fondateurs du Cap-de-la-Madeleine) et… Marie Métayer (née en France en 1631) mais qui ont immigré en Nouvelle-France avant même leur mariage à Trois-Rivières en 1650, soit une quinzaine d’années avant le début de l’arrivée des premières Filles du Roy. Un examen de la liste des Filles à Marier établit rapidement que Marie Métayer était effectivement une des 262 Filles à Marier, une de ces courageuses femmes à avoir traversé l’Atlantique de leur plein gré et sans assistance au tout début de la colonie.
Le mystère est donc résolu. Cependant, puisque nous utilisons une généalogie paternelle où ‘’le père du père’’ est toujours utilisé pour remonter la lignée d’une famille d’une génération à l’autre, notre première ancêtre est bien Jeanne Baillargeon. Elle est donc notre plus vieille ancêtre dans nos 4 lignées familiales à être née en Nouvelle-France, soit le 5 novembre 1654.
Notre Fille à Marier, Marie Métayer, est sa mère et conséquemment ne fait pas partie de ‘’notre famille’’ à proprement dit. Pour ceux qui en auront besoin pour visualiser le tout, voici un tableau pour illustrer les débuts généalogiques de la famille Paul en Amérique.

Le compte est donc final après toutes mes analyses. Il y a trois Filles Du Roy à l’origine de nos quatre familles en Amérique. Une chez les Boulanger. Une chez les Langlois. Et finalement, une dernière chez les Blais.
Source de la photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
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