Ces jours-ci, la famille se remémore les décès de mon grand-père Georges et de ma grand-mère Gertrude, tous deux décédés il y a 25 ans ces jours-ci en juillet 1999, à 11 jours d’intervalle. Voici un article – le premier de quatre qui seront consacrés à cet anniversaire. Il est extrait du chapitre 4 du livre à venir sur notre famille Langlois.
Temps de lecture estimé – 10 minutes
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Bien que nos grands-parents Langlois nous aient tous les deux quitté à seulement onze jours d’intervalle il y a 25 ans ces jours-ci, ils restent encore bien présents dans nos esprits. Tous les deux avaient environ 85 ans au moment de leur départ à l’été de 1999 et ils en auraient plus de 110 aujourd’hui. La mort de Gertrude était plus prévisible ayant souffert d’un cancer récurrent pendant de nombreuses années mais celle de Georges à peine une dizaine de jours plus tard aura surpris tout le monde. Bien que sa santé se fragilisait graduellement, le départ de son épouse de presque 65 ans a probablement contribué à son décès soudain.
Trop faible physiquement, il n’avait pu assister aux funérailles de Gertrude. La veille, nous étions allés le chercher à sa nouvelle résidence pour personnes âgées de Weedon. Gertrude était morte depuis plus de deux jours déjà mais il ne le savait pas encore. Personne n’avait encore osé lui dire. Il le sentait sûrement. Toute la famille se rappelle le voir recueilli au pied du cercueil dans un salon funéraire de l’est de Sherbrooke, fixant sans arrêt sa compagne de toute une vie qu’il ne reverrait plus. Un peu perdu sans doute.
Sa visite au salon aura été courte. Moins d’une heure en fait. En le raccompagnant chez lui, il a peu parlé. Il aurait confié à mon père et à mon frère Gilles qu’il se ‘’laisserait maintenant aller’’ pour rejoindre sa compagne. Propos saisissant que tout le monde a vite rationalisé. Façon de parler probablement alors que d’autres trouvaient ça touchant, voire même romantique. Réaction normale de sa part, lui qui essayait de digérer une nouvelle soudaine qui bouleverserait quand même le reste de sa vie alors que ce couple a traversé ensemble plus de six décennies. Façon pour lui également d’exprimer son état d’esprit au moment où il absorbait le fait qu’elle était donc vraiment partie. Sa santé devenant de plus en plus chancelante, il était difficile pour toute la famille de vraiment saisir s’il avait pleinement conscience de cette réalité nouvelle autour de lui.
La tranquille sérénité de cette visite de Georges au salon a probablement marqué toute la famille et reste probablement le souvenir principal de ces quelques jours. Le lendemain matin, la distance d’environ 75 kilomètres entre Sherbrooke et La Patrie a créé inévitablement un cortège funéraire dans cette région des Cantons-de-l’Est qui aura duré plus d’une heure et auquel j’ai pris part tout comme la majorité des membres de la famille, répartis sur trois ou quatre générations.
Les funérailles de Gertrude ont donc eu lieu en l’église Saint-Pierre de La Patrie en ce matin de juillet et en l’absence du principal concerné, mon grand-père, considéré trop faible pour une telle journée. La mise en terre a suivi tout de suite après dans le cimetière de la paroisse situé juste à côté. Un lot familial qu’ils avaient acheté des années auparavant.
Après la journée des funérailles, tout le monde est retourné dans son quotidien pour aller vivre son deuil, chacun à sa manière comme on fait quand quelqu’un de proche quitte, chacun avec ses souvenirs, précis ou plus vagues, selon les liens plus ou moins proches créés à travers les années avec la disparue ; une mère pour les cinq sœurs de cette famille, une grand-mère ou une arrière-grand-mère pour beaucoup d’autres, une cousine ou une belle-mère pour certains, ou encore une amie ou une connaissance d’un moment ou de toute une vie pour bien d’autres.
Mon grand-père Georges avait toujours été un homme calme et généralement de peu de mots, bien qu’on le sentît plus nerveux et plus vulnérable dans ses dernières années à mesure qu’il vieillissait. Tout le monde s’y était habitué avec le temps. Il avait des problèmes de surdité et portait parfois un appareil auditif pour l’assister depuis de nombreuses années. Les mauvaises langues disaient qu’il décidait probablement de temps en temps de débrancher son appareil pour se ‘’retirer du monde’’ afin de réduire le nombre de décibels autour de lui, ayant vécu toute sa vie entourée de 6 femmes – sa femme et ses cinq filles.
En cette fin d’été 1999 en apprenant le décès de grand-maman au pied du cercueil, il était de toute évidence ‘’dans son monde’’, comme il nous avait habitué, et isolé de l’environnement ambiant même s’il était celui qui aurait dû lever la main pour avoir tous les détails sur ce qui se passait. Avec ces quelques mots qu’il nous avait laissés, il nous avait pourtant livrer l’essentiel sans que personne n’y porte vraiment attention.
Difficile d’imaginer ce que furent pour lui les quelques journées qui ont suivi. Était-il dans le déni? Espérait-il la voir réapparaitre d’un jour à l’autre dans le cadre de la porte de sa nouvelle chambre dans cette résidence pour personnes âgées qu’on nous avait imposée et dont il ne connaissait absolument rien quelques jours plus tôt? Et aucun visage familier pour répondre à ses questions probablement nombreuses ou pour le rassurer sur l’après-Gertrude.
Pendant ces quelques semaines qui ont précédé le décès de Gertrude, le ‘’système’’ avait décidé de les séparer étant donné la condition de plus en plus précaire de grand-maman. Elle sera placée à Sherbrooke pour recevoir plus de soins spécialisés. Lui devra aller vivre dans une résidence à Weedon, à une heure de route de Sherbrooke et sans famille immédiate autour. Une chambre venait de se libérer et il fallait sauter sur l’opportunité pour éviter les listes d’attente.
Tout va trop vite, y compris pour ma mère et ses sœurs qui étaient encore à se demander comment gérer cette nouvelle situation au quotidien. Et voilà grand-maman qui meurt au milieu de cette transition après avoir été de nouveau hospitalisée. Elle s’éteint rapidement après quelques jours de veille à son chevet dans sa chambre de l’hôpital Hôtel-Dieu de Sherbrooke.
Et c’est à la surprise de tout le monde que grand-papa nous quitte à son tour dans son sommeil ce 24 juillet 1999, à peine une semaine après les funérailles de Gertrude. Un deuxième choc à quelques jours d’intervalle.
Grand-papa Georges est donc parti un peu comme tout le monde se rappelle de lui au cours de toute sa vie… probablement serein, presque sur la pointe des pieds et sans déranger personne.
En l’espace de quelques jours, cette génération de nos grands-parents de la lignée généalogique des Langlois avait quitté et laissait toute la place aux générations suivantes. Une génération complète qui se fermait, soudainement et sans préparation. Ce couple qui a évolué sur une période d’environ 85 ans a couvert plus ou moins à lui seul tout le vingtième siècle, de la première guerre mondiale jusqu’à la toute fin du millénaire, dans les derniers mois de l’année 1999.
Le livre à venir sur les Langlois remontera dans le temps pour reconstituer tous les pans de l’histoire de mes grands-parents Langlois. C’est ce que je tenterai de faire pendant quelques chapitres de ce livre avec l’aide de ma mère et de ses quatre sœurs qui les ont mieux connus.
Georges Langlois (20 septembre 1913 – 24 juillet 1999)
Gertrude Paul (4 novembre 1914 – 13 juillet 1999)

Pierre tombale du lot familial au cimetière Saint-Pierre de La Patrie, près des frontières américaines. Mort de Georges et de Gertrude à onze jours d’intervalle en 1999. Les anges de chaque côté représentent les deux enfants mort-nés au début de leur mariage dans les années 1930 et 1940.



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