Le premier manuscrit de l’histoire des Langlois est maintenant terminé après plus de trois ans de recherches et de rédaction. L’étape des relectures pour corrections finales débute maintenant et devrait durer quelques mois. À partir de maintenant, ce site, qui accompagne ce projet généalogique de nos familles, deviendra plus actif avec un article par semaine, question de vous permettre de lire des extraits du livre avant sa publication et ce, quelques pages à la fois, particulièrement pour ceux et celles qui pourront être intimidés par un bouquin de quelque 600 pages en 35 chapitres.
Ce deuxième extrait complète l’article de la semaine dernière. Tous les deux reproduisent la totalité du chapitre 15. Cette section du livre passe en revue les différentes familles-souches des Langlois car les Langlois ne sont pas tous parents. La nôtre est celle de Nicolas Langlois de Neuville. Cette histoire de sorcellerie raconte les débuts plutôt mouvementés en Nouvelle-France de la lignée d’Honoré Langlois.
Sous une forme légèrement modifiée, ce chapitre a déjà été publié l’hiver dernier dans la revue L’Entraide généalogique de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est. D’autres chapitres sont déjà prévus pour publication dans d’autres revues historiques ou généalogiques au cours de la prochaine année.
La photo de la banderolle qui accompagnera ces extraits du livre est celle de mon arrière-grand-père, Georges Langlois, décédé en novembre 1944.
Temps de lecture estimé – 15 minutes
Cliquez sur cet hyperlien pour d’abord lire la première partie si vous l’avez manqué la semaine dernière.
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Honoré Langlois dit LaChapelle, dit Croustille, et Marie Pontonnier (2e partie)
Le couple porte alors plainte devant la justice contre le sorcier. La population se passionne pour cette histoire juteuse et finalement la cour donne raison au couple. René Besnard est condamné à 300 livres d’amende et il sera banni de Ville-Marie et interdit à moins de trente lieux, soit environ 150 kilomètres.
Même si ce ‘’châtiment’’ peut sembler une douce revanche pour le couple, la sentence se veut bien banale considérant les conséquences du maléfice. En fait, l’essentiel du problème est toujours bien présent : le nouement de l’aiguillette fait son œuvre. Impossible de consommer le mariage… et ce, pendant trois longues années. À ce moment, puisque les règles de l’Église rendent la chose maintenant possible, Marie Pontonnier se résout à demander l’annulation du mariage.
La prochaine photo illustre la décision de l’évêque de Québec qui annulera le mariage pour cause ‘’d’impuissance perpétuelle causée par maléfice’’.
Voici le texte de cette décision de l’Église :
‘’Charles de Lauzon, seigneur de Charny, prêtre et Officiel de Monseigneur l’illustrissime et révérendissime évêque de Pétrée apostolique en Canada, pays de la Nouvelle-France, après avoir fait les poursuites et enquêtes nécessaires, et les trois années requises par les Sacrés Canons s’étant écoulées depuis la célébration du mariage contracté en l’année 1657 au commencement du mois d’août entre Mre Pierre Gadois, armurier, fils de Mre Pierre Gadois et Louise Mauger de la paroisse de Ville-Marie d’une part, et de Marie Pontonnier, fille de Mre Urbin Pontonnier et Félice Janin de la paroisse Saint-Vincent en Anjou d’autre part, sans que lesdites parties aient pu consommer le mariage même après la réitération de la bénédiction nuptiale faite par mon susdit seigneur, (a) déclaré le susdit mariage nul et invalide pour et à cause (de) l’impuissance perpétuelle causée par maléfice, et ensuite permis aux susdites parties de se marier et pouvoir (vivre) où il leur (semblera) bon être.’’

Déclaration de nullité du mariage de Marie Pontonnier et de Pierre Gadois, le 31 août 1660.
Je passe par-dessus bien d’autres développements puisqu’il faudra bien en arriver un jour à l’ancêtre Honoré Langlois qui semble un peu oublié dans toute cette histoire. Personne ne se doute de la conclusion…
Notre impuissant Pierre Gadois qui est sûrement bien échaudé par une telle expérience n’est pas pressé de se remarier. Il se remariera quand même cinq ans plus tard avec Jeanne Besnard ce qui est un peu ironique. Ce n’est pas avec un tel nom qu’il pourra oublier son histoire mais on dit qu’elle n’a aucun lien de parenté avec le sorcier de son premier mariage. C’est ainsi que le nouveau couple vivra heureux et aura… beaucoup, beaucoup d’enfants! Quatorze enfants pour être exact entre 1666 et 1686. Rien de moins ! Étonnant quand même !
Les malheurs de la pauvre Marie Pontonnier ne s’arrêteront pas là. La malchance continuera de s’acharner sur elle. Elle se mariera alors avec un certain Pierre Martin à peine quelques mois plus tard, le 3 octobre 1660. Cependant, leur union sera de courte durée puisqu’il meurt à peine quatre mois plus tard, assassiné par les Iroquois au cours d’une embuscade. On ne retrouvera son corps que trois mois plus tard, décapité… Sans le savoir, il laisse son épouse enceinte de leur premier enfant.
C’est ainsi qu’entre finalement en scène notre ancêtre Honoré Langlois. Finalement, dirons certains. Il l’épouse à peine six mois après l’assassinat de son deuxième mari, soit le 5 décembre 1661. Elle en est donc déjà à son troisième mariage… alors qu’elle a à peine 18 ans. L’enfant de son deuxième mariage, une fille, naîtra quelques semaines avant son troisième mariage avec Langlois, soit le 9 novembre. Elle se nommera Marie Martin mais Honoré Langlois l’adoptera légalement et elle vivra avec le reste de la famille. Elle va mourir quand même jeune, à l’âge de 25 ans, le 24 octobre 1687 en laissant dans le deuil son mari d’un tout récent mariage et une jeune enfant âgée d’à peine 1 an, prénommée Marie-Barbe.
Honoré Langlois est alors âgé de 30 ans et on ne sera pas surpris d’apprendre qu’il apportera une vie plus tranquille à sa nouvelle épouse. Leur union durera presque 50 ans. Ils auront 10 enfants, dont quatre sont morts en très bas âge, soit Honoré, Antoine, Joseph et Antoine (bis!).
Quelques années après leur mariage, en 1669, Honoré Langlois obtient une nouvelle terre à Pointe-aux-Trembles de la part des Sulpiciens, une petite communauté encore naissante au bout de l’Île de Montréal. Il vendra ensuite pour 360 minots de grain sa terre de Ville-Marie pour se relocaliser définitivement à Pointe-aux-Trembles. Il sera ainsi l’un des premiers pionniers qui développeront ce nouveau territoire que l’on veut peupler. Une vingtaine d’années plus tard, en 1690, leur maison sera incendiée par les Iroquois et on devra la reconstruire. C’est cette nouvelle maison que l’on peut encore voir de nos jours et que j’ai montré dans le premier article.
C’est à cet endroit que le couple va mourir. Honoré décèdera le 12 décembre 1709 à l’âge de 78 ans. Quant à elle, Marie Pontonnier le rejoindra une dizaine d’années plus tard. Elle s’éteint le 7 janvier 1718 à l’âge de 74 ans.
En plus de leurs dix enfants, on leur attribue 48 petits-enfants, malgré le fait que quatre de leurs enfants n’ont pas atteint la majorité.

Acte de mariage entre Honoré Langlois et Marie Pontonnier daté du 5 décembre 1661 à Montréal. Il avait 30 ans et elle en avait 18… et elle en était déjà à son troisième mariage. Source : Généalogie Québec.
Cette famille-souche Langlois est encore active et produit encore des descendants de nos jours.
Les documents historiques réfèrent généralement Honoré Langlois à ‘’Honoré Langlois dit Lachapelle’’ et à ‘’Honoré Langlois dit Croustille’’. Tout au long de mes recherches, je me suis demandé d’où venait le nom de Croustille qui ne semblait pas au cœur de son histoire. J’ai finalement trouvé : ‘’… à cause des histoires croustillantes que l’on se racontait dans les chaumières au sujet du passé conjugal de son épouse.’’
On pensera peut-être que j’ai inventé toute cette histoire mais vous pouvez vérifier. Elle a même fait l’objet d’un livre en anglais il y a quelques années et même d’une pièce de théâtre dans les années 1970, créée à l’origine par le Théâtre de la Manufacture de Montréal au Théâtre Centaur et intitulée ‘’Marie Pontonnier, fille du Roi’’. L’auteur prend un raccourci avec l’histoire en choisissant le titre de sa pièce. Elle n’était pas Fille du Roy mais plutôt Fille à Marier mais peu de gens sauront faire la différence.
Une histoire qui a marqué la petite histoire de la Nouvelle-France et qui est reliée aussi à l’histoire des Langlois.
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Sources bibliographiques principales et ressources complémentaires
- Famille Lachapelle, par André Leroux, C’est votre histoire en Amérique, janvier 2018
- Fille à marier, Marie Pontonnier, par Marielle Paiement, Revue ‘’Le Patrimoine’’, Société d’histoire et de généalogie du Granit, Volume 13, numéro 3, été 2017
- Honoré Langlois dit Lachapelle, Pionnier de Montréal, Les Langlois d’Amérique – 25 ans de rassemblements (1984-2009), Bulletin ‘’Les Langlois d’Amérique’’, Numéro 28, décembre 2011
- Généalogie Québec
- Généalogie du Québec et d’Amérique française



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