Le premier manuscrit de l’histoire des Langlois est maintenant terminé après plus de trois ans de recherches et de rédaction. L’étape des relectures pour corrections finales débute maintenant et devrait durer quelques mois. À partir de maintenant, ce site qui accompagne ce projet généalogique de nos familles, deviendra plus actif avec un article par semaine, question de vous permettre de lire des extraits du livre avant sa publication et ce, quelques pages à la fois, particulièrement pour ceux et celles qui pourront être intimidés par un bouquin de quelque 600 pages et 35 chapitres.
Ce premier extrait, ainsi que le prochain, reproduisent la totalité du chapitre 15. Cette section du livre passe en revue les différentes familles-souches des Langlois car les Langlois ne sont pas tous parents. La nôtre est celle de Nicolas Langlois de Neuville. Cette histoire de sorcellerie raconte les débuts plutôt mouvementés en Nouvelle-France de la lignée d’Honoré Langlois.
Sous une forme légèrement modifiée, ce chapitre a déjà été publié l’hiver dernier dans la revue L’Entraide généalogique de la Société de généalogie des Cantons-de-l’Est. D’autres chapitres sont déjà prévus pour publication dans d’autres revues historiques ou généalogiques au cours de la prochaine année.
La photo de la banderolle qui accompagnera ces extraits du livre est celle de mon arrière-grand-père, Georges Langlois, décédé en novembre 1944.
Temps de lecture estimé – 15 minutes
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Honoré Langlois dit LaChapelle, dit Croustille, et Marie Pontonnier (1ère partie)
Au moment de me documenter sur la vie d’Honoré Langlois dit Lachapelle, dit Croustille, pour les fins de ce chapitre, j’avoue ne rien savoir sur sa vie ou sur son importance (ou pas) dans l’histoire des Langlois en Nouvelle-France. Il s’agit d’une famille-souche très minoritaire chez les Langlois, autant sinon davantage que celle de notre ancêtre Nicolas Langlois. Cette lignée est encore active de nos jours avec une descendance qui était et est toujours concentrée dans la région de Montréal. À travers les générations, on peut noter entre autres des concentrations autour de Repentigny, de la région du Richelieu et celle de Sorel. Contrairement à tout ce que nous avons discuté depuis les débuts de ce livre, il s’agit donc de la première fois où une histoire nous éloignera de la région de Québec.
Disons tout d’abord que ce qui retient l’attention et la place de ce couple dans l’histoire est davantage son épouse Marie Pontonnier que cet ancêtre Langlois comme tel. Une histoire surprenante et un peu abracadabrante. Pour vous faire un court résumé qui ne devrait qu’augmenter votre appétit pour les détails, il y aura une hallucinante histoire de sorcellerie qui viendra pourrir le premier mariage de Marie Pontonnier, des Iroquois pour tuer et décapiter son deuxième mari de sorte que lorsque Honoré Langlois la mariera, elle en sera déjà à son troisième mariage… alors qu’elle vient à peine d’avoir 18 ans… et enceinte de plusieurs mois de son deuxième mari assassiné.
Je sais. Cela fait beaucoup à absorber en une seule phrase…. Les détails qui suivent seront encore plus surprenants.
Honoré Langlois a fait sa marque dans la région de Montréal. Encore de nos jours, on peut voir sa maison ancestrale sur sa terre d’origine qui date de plus de 300 ans. Elle est située à l’extrême est de l’Île de Montréal, plus précisément à Pointe-aux-Trembles. Comme on peut le voir sur la photo, il s’agit d’une élégante maison de pierre de deux étages qui a été bien conservée.
Honoré Langlois arrive donc en Nouvelle-France comme soldat du roi Louis XIV. Cependant, il se dit chapelier aux recensements de 1666, 1667 et 1681. Un chapelier est un fabriquant de chapeaux. On en fabriquait dès le début de la colonie. On les exportait même en grandes quantités. Les chapeaux en peaux de castor, en particulier, étaient très populaires en France. Bien qu’il s’agisse de pure spéculation de ma part, sa biographie indique qu’il paie une parcelle de terre en 1658 en argent et en peau de castor. C’est pourquoi on spécule dans les écrits le concernant qu’il est probablement impliqué dans la traite de fourrures. Donc, étant donné qu’il se disait chapelier et que les chapeaux en peau de castor étaient très populaires au début de la colonie, on peut penser qu’il s’agissait d’une ‘’niche’’ à revenus qu’il avait choisi. Mais c’est en tant que soldat qu’il s’amène en Nouvelle-France avec une mission du Roi.

Maison ancestrale d’Honoré Langlois et de Marie Pontonnier à Pointe-aux-Trembles. Source : Les Langlois d’Amérique.
Né à Paris vers 1631, il est le fils de Jean Langlois et de Jacquette Charpentier. Il arrive en 1651, soit une quinzaine d’années après Noël Langlois, le patriarche de la lignée principale des Langlois, mais une quinzaine d’années avant Nicolas Langlois, le premier ancêtre de notre propre famille-souche. En tant que soldat, il arrive à bord d’un des trois navires dont la traversée est liée à Jean Lauzon, qui fut gouverneur de la Nouvelle-France de 1651 à 1657. Très rapidement, il accompagnera Chomedey de Maisonneuve, fondateur de Ville-Marie en 1642 (qui deviendra plus tard Montréal) et dont la fondation est encore toute récente. On dit qu’Honoré Langlois est venu pour faire partie d’un contingent de dix soldats que Lauzon avait promis à Maisonneuve pour protéger Ville-Marie au moment où les Iroquois se faisaient souvent menaçants.
On lui concède une terre le 24 juillet 1654 à Ville-Marie, soit trois ans après son arrivée comme c’était généralement la règle. La terre est située près de ce qui est aujourd’hui la rue McGill à Montréal.

Il se mariera avec Marie Pontonnier le 5 décembre 1661, donc une dizaine d’années après son arrivée. Comme on l’a vu au chapitre 7, c’était donc avant le début du programme des Filles du Roy qui ne commencera qu’en 1663. Les femmes qui venaient en Nouvelle-France à cette époque étaient des ‘’volontaires’’ et on les disait ‘’Filles à Marier’’. Devant l’histoire, c’est ainsi qu’on les distinguera des Filles du Roy. Vérification faite, Marie Pontonnier fait bien partie de la liste officielle des Filles à Marier qui sont arrivées dans la colonie avant 1663.
Née en France en 1643 dans la région de la Sarthe, elle est baptisée le 22 janvier de la même année. On place l’arrivée de Marie Pontonnier en Nouvelle-France en 1656. Tout le monde sera donc surpris par son très jeune âge, soit 13 ans. On ne sait pas ce qui la pousse à quitter la France alors qu’elle est encore une gamine mais on peut supposer qu’elle est devenue orpheline car elle vient sans parents, bien qu’il s’agisse de pure spéculation puisqu’il n’existe pas d’informations à ce sujet. Elle se dirige aussitôt vers Ville-Marie où elle est prise en charge par Jeanne-Mance à l’hôpital de Ville-Marie, comme c’était souvent son rôle.
Elle est la fille d’Urbain Pontonnier et de Félicité Jamin. Elle aurait eu deux frères, soit Charles (baptisé le 14 mars 1644) et Urbain (le 15 février 1646). Le site ‘’The French Canadian Genealogist’’ dans son article sur les Filles à Marier apporte une autre hypothèse concernant cette époque même si cela n’explique pas l’arrivée de Marie Pontonnier à un aussi jeune âge dans ce cas particulier :
‘’Alors pourquoi une femme célibataire au XVIIe siècle voudrait-elle traverser l’Océan et prendre ces énormes risques ? En France, les femmes ne pouvaient pas choisir leur mari. Les mariages arrangés étaient la norme dans toutes les classes de la société, la famille de la mariée devant fournir une dot. Si une fille ne pouvait pas se marier, sa seule autre option était de devenir religieuse ou de travailler comme domestique. En Nouvelle-France, compte tenu du déséquilibre entre les sexes au tout début de la colonie, la plupart des Filles à Marier pouvaient choisir leur mari.’’
Au début de la colonie, l’âge légal pour un mariage était de 14 ans pour les garçons et de 12 ans pour les filles. Devant l’absence systémique de filles disponibles au mariage, Marie est donc courtisée. Elle mariera un certain Pierre Gadois en 1657 mais un ‘’amoureux éconduit’’ – René Besnard – la menace avant son mariage. Il se dit sorcier avec le pouvoir ‘’de nouer l’aiguillette’’ de son futur époux et ainsi la rendre stérile. Nous ne sommes pas experts en aiguillettes mais on peut imaginer ce dont il est question.
On s’éloigne un peu de cet ancêtre Honoré Langlois qui devrait avoir toute notre attention mais considérant les conséquences pour la vie de cet éventuel couple Langlois, il est intéressant de s’arrêter sur cet excellent article de Marielle Paiement qui date de 2017 et qui s’intéresse davantage au sort de Marie Pontonnier que de celui d’Honoré Langlois. Elle explique – presque cliniquement – le sort qui attend Marie Pontonnier face à la menace du sorcier :
‘’Le sorcier, par l’aiguillette, empêchait l’homme ou la femme de transmettre la vie. Ce maléfice date de l’antiquité. Le nouement de l’aiguillette se faisait ordinairement pendant la cérémonie du mariage. Le sorcier opposait aux paroles du prêtre des paroles magiques, en prononçant le nom des deux époux, s’il voulait les ensorceler tous deux, ou seulement le nom du mari ou de la femme, s’il ne voulait en ensorceler qu’un seul. De plus, lorsque le prêtre disait les paroles sacramentelles, celui qui pratiquait le maléfice faisait un ou plusieurs nœuds à un bout de cuir, de laine, de coton ou de soie qu’il tenait à la main, et dès ce moment l’aiguillette était nouée, c’est-à-dire que la consommation du mariage devenait impossible, et restait impossible, et restait impraticable aussi longtemps que le nœud n’était point défait.’’
Ça ne s’invente pas quand même. De plus, il semblerait qu’il existe quand même des façons de se prémunir contre le maléfice :
‘’Pierre dispose d’une vingtaine de moyens pour se défaire du sort qui lui a été jeté, comme porter sa chemise à l’envers, tenir une petite croix de bois à la main ou mettre une bague sous le pied de sa conjointe. D’autres mesures préventives sont non moins pure fantaisie, telles frotter de graisse de loup la porte où habiteront les nouveaux époux, percer un tonneau et faire passer le premier vin qui en sort dans l’anneau de l’épouse (…)’’
Vous en savez déjà plus sur le sujet que notre couple qui ne se doute pas de ce qui l’attend et qui se trouve donc victime de ce maléfice étrange. On se rend vite compte qu’il n’y a rien à faire ! Le maléfice fonctionne.
Le couple porte alors plainte devant la justice contre le sorcier. La population se passionne pour cette histoire juteuse et finalement la cour donne raison au couple. René Besnard est condamné à 300 livres d’amende et il sera banni de Ville-Marie et interdit à moins de trente lieux, soit environ 150 kilomètres.
Même si ce ‘’châtiment’’ peut sembler une douce revanche pour le couple, la sentence se veut bien banale considérant les conséquences du maléfice. En fait, l’essentiel du problème est toujours bien présent : le nouement de l’aiguillette fait son œuvre. Impossible de consommer le mariage… et ce, pendant trois longues années. À ce moment, puisque les règles de l’Église rendent la chose maintenant possible, Marie Pontonnier se résout à demander l’annulation du mariage.
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Suite du chapitre 15 la semaine prochaine.



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