L'histoire des Boulanger et des Langlois

En passant par les Paul et les Blais. De la Nouvelle-France à aujourd'hui.


La pierre tombale de Georges Boulanger à Ham-Nord

Georges Boulanger est mon arrière-arrière-grand-père du côté paternel. Père de Wellesse Boulanger, mon arrière-grand-père. Il est enterré dans le cimetière des Saints-Anges de Ham-Nord avec son épouse Délia Pratte. Elle, morte en 1910. Lui, mort en 1923. J’ai décidé d’aller explorer sur place une histoire que mes parents me racontaient depuis quelques années.

Cet article est relativement long, tout comme celui qui suivra dans quelques jours. C’est volontaire de ma part. Dans une forme encore plus allongée, les deux articles deviendront éventuellement, autant de chapitres dans le livre sur l’histoire de notre famille Boulanger.

Pour les fins de ce site, je livre donc cette histoire en deux parties. La première, présentée ici, est consacrée aux parents de cette génération et à leur pierre tombale de Ham-Nord. La deuxième partie fera le tour de la progéniture du couple qui, suite à mes recherches, comptait sept enfants dont le cadet, mon arrière-grand-père Wellesse Boulanger. La particularité de cette progéniture est qu’elle a presque entièrement disparu des bases de données généalogiques du Québec.

Cette petite recherche tombait aussi au bon moment pour notre petite histoire familiale puisque dans quelques jours, soit le 29 juillet, ce sera le 100e anniversaire du décès de Georges Boulanger.

La région de la Côte-du-Sud

On dit parfois dans la famille que les Boulanger viennent pour la plupart de la Beauce québécoise. Or, la descendance à travers les siècles de notre premier ancêtre Claude Lefebvre Boulanger en Amérique indique plutôt un ancrage sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent après un bref passage sur l’Île d’Orléans pour les toutes premières générations. Cet ancrage régional est vite devenu ce que l’on appelait au temps de la Nouvelle-France la région de la Côte-du-Sud, qui était située entre Lévis et la région de Kamouraska.

Notre famille Boulanger durant ces générations s’est surtout concentrée autour de la région de Saint-Michel-de-Bellechasse (dès la deuxième génération), celle de Lévis et la région de Montmagny. Cette appellation de la Côte-du-Sud est revenue à la mode ces dernières années lorsque le Québec a fait de cette région historique une nouvelle circonscription électorale en 2011. Si on avait à positionner un pôle central de la descendance de notre famille Boulanger au fil des siècles, il serait situé dans la portion à gauche de la carte qui suit.

La région de la Côte-du-Sud. Source: Histoires de chez-nous.

Aujourd’hui, je vais vous présenter Ham-Nord qui a plus ou moins servi d’escale temporaire, le temps d’une génération, entre cette Côte-du-Sud et la destination de nos quatre familles au début du 20e siècle lors de la colonisation des Cantons-de-l’Est, à savoir La Patrie que tout le monde dans la famille connaît davantage.

Cette génération a été celle de mon arrière-arrière-grand-père Boulanger – Georges Boulanger (1845-1923).

Partir sur les traces de ses ancêtres, encore plus lorsque l’ampleur de ces recherches impliquent vos deux familles paternelles ainsi que vos deux familles maternelles, engendrent des centaines de petites enquêtes à travers diverses époques de l’histoire, dont certaines demandent parfois beaucoup d’efforts mais n’amènent pas beaucoup de résultats tangibles.

Celle-ci a exigé des efforts particuliers dans les bases de données, et au moment d’écrire ces deux articles, les contours de l’histoire de cette génération semblent maintenant clairs. Cependant, avant de finaliser deux chapitres du livre sur l’histoire des Boulanger à partir de ces deux articles, d’autres recherches seront encore nécessaires pour valider plusieurs informations.

Entretemps, j’ai décidé de vous raconter à travers ce premier article, les résultats de cette petite enquête que j’ai finalement entreprise cette semaine, bien que je l’avais en tête depuis déjà plusieurs mois. Elle concerne des interrogations du côté de la famille Boulanger, là où mes recherches à date ne se sont concentrées qu’à nos ancêtres d’origine en Nouvelle-France, Claude Lefebvre dit Boulanger et son épouse, fille du Roy, Marie Ursule Arcular.

Le point de départ

Le point de départ venait de mes parents. Ils me disaient que mon arrière-arrière-grand-père, Georges Boulanger (1845-1923), enterré à Ham-Nord avec son épouse Délia Pratte (1842-1910) auraient été enterrés dans le cimetière de la paroisse des Saints-Anges de Ham-Nord… mais pas vraiment. Ham-Nord et son cimetière sont situés à une centaine de kilomètres au nord de Sherbrooke.

Tante Jeanne – que tout le monde appelle ainsi dans la famille même si elle n’est que la tante de mon père et donc, petite fille du couple en question – avait dû intervenir il y a une vingtaine d’années (le moment précis n’est pas très clair) pour installer une nouvelle pierre tombale puisqu’il ne restait aucune trace de leur présence dans ce cimetière.

Situation quand même un peu étrange et nébuleuse puisque le cimetière n’avait accepté qu’à la condition que le nouveau monument soit installé complètement en retrait des autres pierres tombales. Probablement pour ne pas donner l’impression que les restes du couple sont enterrés dans le lot devant ce monument, ce qui n’est pas le cas. Donc, ils ne seraient pas vraiment dans ce cimetière.

En ce début de juillet 2023, accompagnés de mes parents, nous prenons donc la direction de Ham-Nord. Il s’agit de ma première visite dans ce coin de pays. Jusqu’à tout récemment, je ne connaissais rien du passage de la famille Boulanger dans cette région, le temps de cette génération, il y a plus d’une centaine d’années. Mon intention est essentiellement de prendre des photos pour illustrer la situation pour éventuellement effectuer quelques recherches complémentaires à mon retour afin de remettre en contexte l’histoire de cette génération pour les fins du livre.

J’ai donc décidé de rapporter, aussitôt après, ces résultats préliminaires à travers cet article. Une sorte de portrait à vif de cette génération qui, même si elle n’est pas si lointaine de notre époque, demeure complètement inconnue de notre famille. Qui a déjà mentionné dans la famille le nom de Georges Boulanger ? Même mon père n’a jamais rapporté aucun souvenir que son père Omer ou son grand-père Wellesse auraient raconté à son sujet.

Georges Boulanger et Délia Pratte

Commençons donc par le commencement. Georges Boulanger et Délia Pratte sont mes arrière-arrière-grands-parents du côté de mon père. Un de leurs fils était Wellesse – ou Wallace – dont le nom est plus familier dans la famille même s’il faut avoir plus de 80 ans pour prétendre l’avoir un peu connu. J’avais d’ailleurs parlé de lui dans un des premiers articles sur ce site en mars dernier: Wellesse Boulanger en trois actes.

Georges François Boulanger est donc né le 2 juillet 1845 et baptisé le 3 dans la paroisse Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy, qui est aujourd’hui un des dix secteurs de la Ville de Lévis, en banlieue sud de la ville de Québec. Cette portion a longtemps fait partie depuis de la ville de Lauzon. Ses parents étaient Joseph Boulanger et Émérence Gagné qui s’étaient mariés en 1832 à Cap-Saint-Ignace, dans la région de Montmagny. À noter que son père Joseph Boulanger était navigateur de métier.

D’autres sources indiquent une naissance en 1846, voire même 1851. Cependant, j’ai pu retracer l’acte de baptême de Georges dans les registres de la paroisse de Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy. Il n’y a aucune incertitude, Georges Boulanger est bien né le 2 juillet 1845, comme l’atteste son acte de baptême reproduit ici.

Sans grande surprise, je n’ai pu identifier le moment précis de son déménagement à Ham-Nord. Cependant, disons qu’il a épousé Adélia Pratte le 23 janvier 1871 à Saint-Paul-de-Chester (Chesterville) dans la région d’Arthabaska, situé à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest d’Ham-Nord, ce qui laisse supposer que Georges avait déjà des assises dans cette région au début de sa vie d’adulte. Adélia semble avoir été surtout connue sous le prénom de Délia pendant sa vie, y compris sur la pierre tombale visible de nos jours.

Cette migration vers le sud est typique de l’époque puisque l’on ouvrait de plus en plus de territoires pour la colonisation dans les Cantons-de-l’Est. Les terres étant toutes attribuées dans les régions bordant le fleuve Saint-Laurent, alors ces nouvelles terres plus au sud s’avéraient attirantes pour les jeunes générations qui voulaient se fabriquer un avenir sur une terre agricole, comme leurs ancêtres avant eux avaient pu le faire. Par exemple, les débuts de la colonisation de la grande région autour de La Patrie, encore plus au sud, datent de la même époque des années 1870.

Cette famille Boulanger

Après toutes mes recherches à ce stade, le couple aurait eu sept enfants. Quant aux parents Georges et Délia, tous les actes de baptême des sept enfants, les recensements ainsi que les actes de décès du couple indiquent une appartenance unique et constante à la communauté de Ham-Nord. Une seule enfant – Anabella Amanda – sera baptisée à Saint-Paul-de-Chester, village d’origine de Délia à quelques kilomètres de Ham-Nord et lieu du mariage du couple en 1871.

Bien ancrés dans leur communauté, Georges et Adélia ont donc vécu à Ham-Nord durant toute leur vie d’adulte. La génération précédente était implantée dans la région de Montmagny et le génération suivante quittera rapidement la région. Ham-Nord n’aura servi que de passerelle temporaire le temps d’une seule génération, celle de Georges et Délia.

Tante Jeanne avait raison. Il fallait bien qu’il reste une trace physique de cette présence de la famille à Ham-Nord puisque peu de personnes dans la famille en ont gardé le moindre souvenir. Cependant, la suite de l’histoire nous en apprendra davantage et, connaissant le souci du détail de Jeanne, on peut supposer qu’elle connaissait toute l’histoire derrière ce cimetière et les restes de ses grands-parents. Morte récemment en avril 2017 à l’âge de 93 ans, elle aurait été plus qu’heureuse de participer à cette recherche et les résultats auraient été encore plus complets puisque l’on aurait pu bénéficier de ses connaissances, ayant été plus proche de cette génération que quiconque encore vivant aujourd’hui.

Tante Jeanne, décédée en avril 2017, telle qu’elle apparaît sur l’avis de décès de la famille. Jeanne est celle qui a initié cette initiative de la pierre tombale de ses grands-parents paternels que l’on peut voir de nos jours dans le cimetière des Saints-Anges de Ham-Nord afin de laisser une trace visible de cette génération de notre famille Boulanger.

Il est également important de noter que les actes officiels après leur mariage indiquent que Georges était cultivateur. Son père par contre – Joseph Boulanger (Lefebvre) – était navigateur dans la région de Montmagny, situé sur les bords du fleuve Saint-Laurent bien que l’acte de mariage de Georges et de Délia en 1871 indique qu’il avait également été cultivateur à cette époque.

L’attrait d’une nouvelle terre disponible pour assurer son avenir était probablement la motivation principale du couple d’aller s’installer à Ham-Nord et ainsi quitter la région de la Côte-du-Sud qui avait été le lieu de résidence de la famille au fil des dernières générations.

Comme point de départ généalogique de tout ancêtre, j’utilise généralement le site Généalogie du Québec et d’Amérique française. Comme on pourra le voir en suivant l’hyperlien, les informations sont plutôt éparses quant à ce couple de sorte qu’il m’a fallu creuser à travers les registres paroissiaux pour tenter de combler les nombreux vides, ce qui est toujours un exercice laborieux et périlleux parce que l’on doute toujours, à force de devinettes, d’avoir reconstitué l’entièreté du casse-tête, une fois l’exercice terminé.

Ce qui me rendait perplexe dans le cas précis de cette fiche est le fait que le couple n’avait eu que deux enfants – Emma en 1881 et Wellesse en 1884. Or, le couple s’était marié en 1871. Est-ce possible, que pendant ces décennies où le devoir principal des épouses était de procréer, qu’il avait fallu une décennie avant d’avoir un premier enfant ? Improbable mais il me fallait encore davantage creuser leur passé avant de conclure car il fallait aller au-delà des quelques données de base qui constituaient mon seul point de départ.

Nous en resterons là pour l’instant car le but de l’article ne concerne pas vraiment les enfants mais plutôt la mort des parents quelques décennies plus tard. Je reviendrai sur le parcours de ces sept enfants dans le prochain article dans quelques jours.

Ham-Nord

Selon le site Wikipédia de la municipalité de Ham-Nord, on confirme essentiellement mes prémisses de base concernant le déplacement de la Côte-du-Sud vers la région de Ham-Nord dans les Cantons-de-l’Est au début des années 1870. On y dit:

Le surpeuplement des seigneuries amène les habitants riverains du fleuve à rechercher de l’espace vital. (…) La paroisse Saints-Anges de Ham-Nord connait alors ses premiers arrivants vers 1850-1852.

À compter de cette date, le mouvement migratoire se poursuit intensément et l’on voit arriver dans notre paroisse les Boudreau, Cloutier, Couture, Campagna, Dubois, Laliberté, Provençal, Larose, Marcotte, Carrier, Blais, Ruel, Morasse, Poisson, Patry, Ramsay, Turcotte, Paquet, Richer, Martin, Picard, Bissonnette, Boulanger, Chrétien et beaucoup d’autres.

Toutes ces familles, arrivées à Ham-Nord avant 1860, sont originaires des vieilles paroisses, près du fleuve dont : Pointe-de-Lévis, Saint-Henri-de-Lauzon, Sainte-Claire-de-Dorchester, Saint-Nicolas, Saint-Antoine-de-Tilly, Saint-Pierre-les-Becquets, Montmagny, Bécancour, Gentilly, Saint-Grégoire et Nicolet.

On reconnait donc notre famille dans ces descriptions. Notre famille Boulanger provenant de Pointe-de-Lévis. Il faut mentionner également que lors de mes recherches à travers les registres de la paroisse, il y avait au moins une autre famille Boulanger à Ham-Nord, celle de Isaie Boulanger, cultivateur, qui revenait presque chaque année dans le registre des baptêmes. Il a même d’ailleurs été un parrain d’une des filles de Georges et de Délia – Mélanda en 1873.

Selon le site Répertoire du patrimoine culturel du Québec, l’église actuelle de la paroisse des Saints-Anges de Ham-Nord présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. Construite en 1899-1900, elle visait à remplacer la première chapelle datant de 1861, située sur le même site, où était d’ailleurs également situé le cimetière original de la paroisse.

Église actuelle de la paroisse des Saints-Anges de Ham-Nord. Source: Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

On dit qu’avec le site des moulins qui longe la rivière Demers, il s’agit des lieux à l’origine de la municipalité :

Le territoire du canton de Ham accueille ses premiers habitants dès 1845. La partie nord du canton a été colonisée par des Canadiens-français, alors que la partie sud, par des Anglais, des Écossais et des Irlandais.

Lors de la construction de la chapelle en 1861, il y avait déjà 550 habitants et environ 1,600 en 1896. Les premiers arrivants dans la paroisse des Saints-Anges ont été observés vers les années 1850-1852.

C’est donc dire que lorsque nos ancêtres Georges Boulanger et son épouse Délia Pratte s’y installent au début de leur mariage vers 1871, ils contribuent aux tout débuts du développement de Ham-Nord.

Les décès de Georges et de Délia

Comme on peut le voir dans les deux actes de sépulture qui suivent, Délia est la première à mourir, soit le 5 décembre 1910, à l’âge de 68 ans. Quant à lui, Georges va mourir le 29 juillet 1923, à l’âge de 78 ans. Toujours selon ces mêmes actes de sépultures de la paroisse Saints-Anges de Ham-Nord, ils sont tous les deux enterrés dans le cimetière de cette paroisse. Évidemment, il faut reconstituer l’histoire afin de savoir exactement de quoi on parle.

Acte de sépulture de Délia Pratte en 1910.

Acte de sépulture de Georges Boulanger en 1923. L’année 2023 représente donc en ces jours de juillet 2023, la date anniversaire du centenaire de sa mort.

Alors d’où vient cette confusion concernant l’absence des restes de ces deux corps dans ce cimetière ? Notre visite a effectivement trouvé une réponse à cette situation et on peut la voir sur un écriteau situé au centre du cimetière, tout juste à côté de la croix. La première photo plus bas montre cette croix au loin, au centre du cimetière. La deuxième photo montre clairement la clé de l’énigme que l’on aurait pu facilement manquer. Un petit monument indique clairement:

En mémoire de nos ancêtres. Inhumés dans le premier cimetière 1862-1898. Deuxième cimetière 1898-1925. Exhumés et transférés dans le cimetière actuel en 1925.

Délia est morte en 1910. Georges est mort en 1923. Ils ont donc été exhumés du deuxième cimetière quelque temps après, en 1925. Ils semblent donc que l’exhumation ne visait pas à recréer la situation de l’ancien cimetière, à supposer qu’il y avait une pierre tombale suite à leur inhumation.

Entrée principale du cimetière de la paroisse des Saints-Anges à Ham-Nord, au sud du village.

Monument au centre du cimetière au pied de la croix centrale, là où notre énigme de départ trouve son explication.

On peut donc mieux comprendre l’intervention de Tante Jeanne – religieuse une bonne partie de sa vie et morte récemment en 2017. Pour garder une trace de ses grands-parents, elle aura voulu y installer une nouvelle pierre tombale. Le cimetière a accepté en la plaçant par contre à l’écart des autres monuments. On peut imaginer que l’on n’a pas voulu donner l’impression qu’il s’agit d’une pierre tombale normale où les restes des décédés sont inclus dans le lot situé devant le monument. Situation usuelle ? Ou solution un peu en dehors des normes ? On ne le saura pas à défaut de pousser plus loin.

Mon père de 92 ans a accepté d’apparaître sur cette photo aux côtés de ses arrière-grands-parents. Né en 1931, il est né 8 ans après le décès de Georges qu’il n’a de toute évidence jamais connu.

Mon père de 92 ans devant la pierre tombale de ses arrière-grands-parents Boulanger en juillet 2023.

La photo suivante indique quatre autres pierres tombales situées également à l’écart du cimetière et des autres pierres tombales. En examinant les dates sur ces pierres tombales, on peut supposer que deux d’entre elles peuvent avoir représenté une situation semblable avec un lien entre le deuxième et le nouveau cimetière.

Quatre autres pierres tombales sont également situées à l’écart du cimetière et des autres pierres tombales.

On peut voir encore mieux la distance entre ces pierres tombales et le reste des pierres tombales du cimetière.

La croix centrale au milieu du cimetière et l’explication historique des trois cimetières de la paroisse au fil des années, inscrite sur le monument au pied de la croix.

Pour les fins du livre, cette petite enquête clarifie donc l’histoire du couple à Ham-Nord ainsi que leur présence (ou non) un peu particulière dans ce cimetière.

Le déménagement du cimetière

D’après le monument du cimetière actuel qui mentionne les deux cimetières et le déménagement, le premier cimetière date du 19e siècle et aurait été utilisé entre 1862 et 1898. Mes recherches que j’ai rapportées plus haut, indiquent que ces dates correspondent au début de la paroisse et à la construction de la nouvelle église en 1899, qui a remplacé la première chapelle. La chapelle et le cimetière avaient été construits sur le même terrain que l’église actuelle. Il semble donc que l’on aurait tout simplement arrêté après cette date d’y enterrer des morts et un autre terrain situé à proximité a servi de nouveau cimetière – le deuxième donc selon le même monument qui cite les années d’opérations de 1898 à 1925. Le site Find A grave que j’utilise souvent pour localiser les pierres tombales de nos ancêtres indique en traduisant le texte de l’anglais au français que certaines sépultures avaient été placées dans une fosse commune lors de leur déménagement, laissant sous-entendre que d’autres sont restées à leur endroit original. Aucun autre détail n’est fourni.

Au cours de mes recherches, je suis tombé sur un article daté de 2016 – et non signé – qui raconte un déménagement semblable qui a récemment fait l’objet d’un documentaire intitulé Le cimetière oublié. Il relate une histoire à l’identique, au début des années 1950 dans la paroisse de Notre-Dame-de-Ham, situé à quelques kilomètres seulement de celui de Ham-Nord.

J’en relate ici quelques extraits puisqu’il nous éclaire beaucoup sur les circonstances de leur propre déménagement et des façons de faire à l’époque. L’article fait justement référence au déménagement du cimetière de Ham-Nord où une usine serait assise sur l’un des deux anciens cimetières: le deuxième cimetière de nos ancêtres Georges et Délia puisque le premier est situé sur le terrain de l’église actuelle.

En 1952, parce que les fossoyeurs butaient sur les tombes chaque fois qu’ils voulaient inhumer une dépouille, le curé d’alors obtenait de l’archevêque de Sherbrooke l’autorisation de déménager le cimetière là où il se trouve aujourd’hui en bordure de la route 160. Et déménager le cimetière signifiait alors déménager ses sépultures. C’est ce qu’ont dû faire les proches et les descendants de quelques 150 disparus. Les 350 corps restants (dont ceux de 280 enfants) n’ont pas été déplacés, encore enfouis aujourd’hui sous une plantation d’épinettes dans le 1er rang sud.

Le déplacement s’est fait en quelques mois. Et s’il est resté tant de sépultures par la suite, c’est que bien des gens se refusaient à déterrer leurs morts. D’autres ne l’auraient tout simplement pas su.

Pour les membres de ma famille immédiate à Compton dans les Cantons-de-l’Est, on se rappelle d’une histoire semblable dans le village de Compton où la communauté catholique de l’endroit avait relocalisé leur cimetière presqu’en face de l’ancien, à la fin du 19e siècle. Dans ce cas précis, bien peu de corps avaient été déplacés dans le nouveau cimetière. À peine trente-cinq seulement, selon un article récent de Jeanmarc Lachance, président de la Société d’histoire de Compton. Notre maison familiale avait d’ailleurs été construite ultérieurement sur le terrain de cet ancien cimetière. Ces expériences de déménagement de cimetières n’étaient donc pas uniques. Plusieurs cimetières se trouvaient à l’étroit avec l’augmentation des populations paroissiales, surtout avec des familles nombreuses de 10 ou 15 enfants.

C’est donc dire qu’il est peu probable que les restes de Georges et de Délia aient été déménagés lors du transfert dans les années 1920. La majorité des sépultures ne l’ont pas été et à moins d’en avoir fait la demande expresse à ce moment, il ne pouvait y avoir de transfert. On peut comprendre encore davantage le désir de leur petite-fille Jeanne de concrétiser physiquement un quelconque devoir de mémoire pour ses grands-parents au nom de la famille.

Et maintenant… que sont devenus leurs sept enfants ?

La suite de cette petite enquête sera probablement plus surprenante pour toute la famille. Malgré le fait que ce n’était pas évident d’établir que le couple a eu sept enfants avec le peu de données dans les registres officiels québécois, on peut déjà conclure suite à mes recherches, qu’il ne reste presqu’aucune trace de ces enfants à moins de faire des efforts de recherches supplémentaires. Ni à Ham-Nord. Ni même au Québec, sauf la présence de mon grand-père paternel, Wellesse Boulanger, enterré avec son épouse dans le cimetière Saint-Pierre de La Patrie. Tous ces enfants naissent dans la région de Ham-Nord – et j’en fournirai la preuve dans le prochain article – mais ils disparaissent graduellement des radars généalogiques habituels, sauf Wellesse.

Mais où sont donc passés les autres ? Sont-ils morts à la naissance ou en bas âge ? Ont-ils eu une vie adulte ? Chaque cas sera un petit mystère supplémentaire à éclaircir.

Suite au prochain article dans quelques jours…

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