L'histoire des Boulanger et des Langlois

En passant par les Paul et les Blais. De la Nouvelle-France à aujourd'hui.


La traversée de Marie Arcular

Septième article dans ma série sur les Filles du Roy. Marie Arcular est notre première ancêtre chez les Boulanger. Fille du Roy lorsqu’elle quitte la France pour la Nouvelle-France au printemps de 1669, elle rencontrera rapidement notre ancêtre Claude Lefebvre Boulanger après avoir atteint Québec. Ils se marieront à peine quelques semaines plus tard.

Question de rendre ce périple sur l’océan Atlantique plus concret, racontons ce que nous savons de la traversée de nos trois Filles du Roy. Commençons d’abord dans cet article sur celle de Marie Arcular qui a marié notre ancêtre Claude Lefebvre Boulanger. La traversée de nos deux autres Filles du Roy, Élisabeth Cretel chez les Langlois et celle de Marie Madeleine Philippe chez les Blais feront l’objet du prochain article dans quelques jours.

Marie Arcular est née vers 1651 en plein cœur de Paris dans la paroisse de St-Nicolas-des-Champs. Son père était Jean Arcular qui était maître-charpentier de son métier. Sa mère est Catherine Aucoin. Comme pour la majorité des Filles du Roy, on connait bien peu de choses sur elle avant qu’elle ne s’embarque vers la Nouvelle-France alors qu’elle avait à peine 18 ans.

Marie Arcular fera donc le voyage à bord du bateau Saint-Jean-Baptiste qui est parti du port de Dieppe dans le nord de la Normandie. On situe ce voyage dans le temps en juin 1669.

Au moment de son départ, il semble qu’elle soit déjà orpheline de père puisque le répertoire des Filles du Roy d’Yves Landry présente son père comme ‘’feu Jean’’. Comme on l’a vu lorsque j’ai tenté de cerner le profil type des Filles du Roy, ce profil d’orpheline était plutôt courant. On a estimé que plus de la moitié des quelques 700 Filles du Roy était au moins orpheline de père.

On sait également qu’elle ne savait pas écrire. On a pu reconstituer cette caractéristique personnelle chez chacune des Filles du Roy selon ce qu’elles ont laissé derrière dans leur acte de mariage. Une absence de signature – ce qui était fréquent à l’époque – indiquait que la personne était analphabète.

Une traversée sur le Saint-Jean-Baptiste

Marie Arcular fera donc le voyage à bord du bateau Saint-Jean-Baptiste qui est parti du port de Dieppe dans le nord de la Normandie. On situe ce voyage dans le temps en juin 1669. À ce moment, le programme des Filles du Roy en était déjà à sa 7e année mais 1669 est l’année où la cadence et le nombre de filles augmentera considérablement alors qu’environ 130 Filles du Roy feront le voyage. Cette seule traversée du Saint-Jean-Baptiste en comptait plus d’une centaine. Ce fut la traversée principale de cette seule année 1669.

Cette traversée du Saint-Jean-Baptiste apparaît comme plutôt courte selon les standards du temps où l’on devait généralement compter plusieurs semaines, voire 2 ou 3 mois, pour une traversée du nord de la France vers la ville de Québec. La température, la force et la direction des vents ainsi que les escales en cours de route étaient de nature à faire varier la durée des traversées. Le Saint-Jean-Baptiste était un navire familier durant le programme des Filles du Roy. En 1669, il est déjà un ‘’régulier’’ des traversées de l’Atlantique depuis quelques années. Une analyse rapide le cite également dans une traversée en 1662, une autre en 1664, et successivement ensuite en 1665, en 1666, en 1670 et en 1671. On ne faisait généralement qu’une seule traversée aller-retour par année étant donné la longueur de la traversée et aussi les mois d’hiver où tout le transport s’arrêtait pour plusieurs mois.  

J’ai pu retracer la liste de tous les passagers de cette traversée, dont plus d’une centaine de nouvelles Filles du Roy. La liste inclut effectivement notre ancêtre Marie Arcular, originaire de la paroisse St-Nicolas-des-Champs de Paris. En parcourant la liste des passagers, on se rend compte qu’environ la moitié des Filles du Roy qui sont montées à bord provenait de la région parisienne. Le reste du contingent venait d’autres régions très variées comme la Normandie (dont une dizaine de la ville même de Rouen) mais aussi des régions de la Picardie, de la Champagne, de Bretagne et même une femme qui provenait de la Flandre dans le nord de la Belgique. La très vaste majorité provenait de la moitié nord de la France, là où on concentrait l’essentiel des efforts de recrutement.

Le site ’Navires venus en Nouvelle-France’’ décrit ainsi la situation :

‘’Selon le mémoire de Colbert de Terron daté du 22 juin 1669, il s’est embarqué sur le navire, le Saint-Jean-Baptiste, parti de Dieppe, armé par Toussaint Guénet et ses associés de Rouen en Normandie, 164 engagés des deux sexes. Jean Talon écrit dans ses commentaires en marge du mémoire que 150 filles se sont embarquées à Dieppe, un fonds a été fait exprès pour elles, de plus 14 autres personnes les accompagnent excédant donc ce fonds. Vingt autres de ces filles se sont embarquées à La Rochelle, probablement sur le Pot de Beurre de Horn.’’

Le maître du navire est donc Laurent Poulet et l’armateur est ce dénommé Guénet de Rouen. Le navire part donc de Dieppe avec Québec comme destination. Jean Talon est l’intendant Talon de notre histoire, premier intendant installé en Nouvelle-France. Nommé par le roi de France le 23 mars 1665, il débarque à Québec le 12 septembre de cette année avec la charge d’intendance pour le Canada, l’Acadie et Terre-Neuve. C’est lui qui avait recommandé au roi de faire venir des filles à marier pour accélérer le peuplement de la nouvelle colonie afin de mieux équilibrer le ratio hommes-femmes. C’est également lui qui effectuera le premier recensement dans la nouvelle colonie.

Laissons de nouveau le même site dédié aux traversées de navires décrire ce qui s’est passé pour résumer les activités de toute cette année 1669 :

’(…) Le secrétaire Patoulet écrit le 11 novembre 1669 au ministre Colbert que cette année-là 150 filles à marier sont parties de Dieppe, « toutes heureusement arrivées hors une qui est morte à la mer », et 20 autres de La Rochelle. Il souligne que 102 sont déjà mariées et qu’il a fait donné (sic) à chacune 50 LT. Il espère que les autres se marieront dans peu de temps. Yves Landry en a répertorié 132 pour 1669 dont 105 Filles du roi, en plus de trois autres passagers, se sont sans aucun doute embarquées sur le Saint-Jean-Baptiste.’’

Le même Patoulet dans son rapport du 11 septembre 1669 au ministre lui écrit que :

‘…’les « cavalles » et étalons sont arrivés « en bon estat seulement une morte dans le trajet ». Courcellesles a fait distribuer en obligeant ceux qui en ont charge de « les faire courir, et d’avoir un grand soin de leur fruict ». Il n’est plus nécessaire d’en envoyer, selon lui, « en ayant présentement assez pour en fournir au pays ».’’

Marie Arcular (Marie-Ursule selon d’autres sources) serait donc arrivée à Québec le 29 juin 1669 à la suite d’une traversée dite tranquille.

Le mariage sera célébré quelques semaines plus tard, soit le 28 octobre 1669 dans l’église toute neuve de Sainte-Famille à l’Île d’Orléans.

Claude Lefebvre dit Boulanger

Tous les hommes, à la recherche d’une femme pour partager leur vie, surveillent attentivement chacune de ces arrivées qui sont quand même rares – au plus, quelques-unes durant la saison chaude entre les mois de juin et d’octobre puisque les mois d’hiver ne favorisent pas les traversées de l’Atlantique. Claude Lefebvre Boulanger repère rapidement sa future épouse. Il est déjà établi sur l’Île d’Orléans où il a obtenu une terre quelques années auparavant de Monseigneur de Montmorency-Laval.

On dit que c’est entre les années 1662 et 1668 que la propriété de toute l’île passe aux mains de Monseigneur de Montmorency-Laval qui l’acheta pour la donner ensuite au Séminaire de Québec. Ce sera la Seigneurie de l’Île d’Orléans qui sera subdivisée en lots. C’est ainsi que Claude Lefebvre se voit recevoir de Mgr de Laval, deux de ces lots dans la paroisse de Saint-François en 1667, à l’extrémité est de l’île. Les lots 62 et 63.

Il est encore mineur lorsque notre premier ancêtre décide de traverser l’Atlantique pour joindre la nouvelle colonie de Nouvelle-France.

C’est vers 1648 que naît Claude Lefebvre dit Boulanger, le premier ancêtre Boulanger en terre d’Amérique. À Vigny, petite commune de Normandie entre Rouen et Paris. Fils de Louis Lefebvre et de Marie Verneuil, qui s’étaient mariés le 19 novembre 1634 à Jambville, dans la même région tout près de Vigny. Trois enfants seraient issus de ce mariage en France dont Claude. Il avait une sœur – Marie, morte jeune en 1652 – et Pierre. Le père de Claude mourut très tôt dans sa vie. Il devient donc orphelin de père vers l’âge de 3 ans.

Il est encore mineur lorsque notre premier ancêtre décide de traverser l’Atlantique pour joindre la nouvelle colonie de Nouvelle-France. Il laisse donc derrière lui toute sa famille qu’il ne reverra jamais selon toute vraisemblance, y compris sa mère qui mourra une vingtaine d’années plus tard, le 6 décembre 1681. Les sources ne s’entendent pas sur ce voyage vers l’Amérique. Il aurait eu lieu autour de 1663. Une autre source sera plus spécifique en situant ce moment en septembre 1663. Dans son contrat pour la Nouvelle-France, il a indiqué ‘’boulanger’’ lorsqu’on lui demande son occupation même s’il n’a que quinze ans. Ce serait l’origine de l’appellation historique rattachée au nom Claude Lefebvre ‘’dit Boulanger’’. On ne lui connait pas d’occupation véritable de boulanger puisque dans tous les actes notariés et les recensements, il se déclare toujours comme ‘’habitant’’. Donc, même si le patronyme Boulanger existe en France, il ne serait pas lié directement à notre lignée généalogique. En Nouvelle-France, notre lignée sera connue sous le patronyme ‘’Lefebvre dit Boulanger’’ pendant quelques générations mais le patronyme originel de Lefebvre disparaîtra complétement vers 1850 alors que Boulanger sera bien implanté. 

La destination finale de Claude est donc l’Île d’Orléans. Une traversée très éprouvante dira-t-on où on le dit chanceux d’avoir survécu. Son employeur l’attend déjà. Un certain Jacques Bilodeau qui habite la paroisse de Sainte-Famille à l’Île d’Orléans. Claude sera donc son domestique dans ses premières années. Bilodeau – déjà marié – avait besoin d’aide pour cultiver sa terre de 25 arpents et s’occuper de son troupeau. À ce moment, Bilodeau a un autre domestique en plus de Claude. Un dénommé Jean Levasseur, comme le révèle le recensement de 1666 qui met les deux apprentis à son service.

C’est le 2 juin 1667 que Monseigneur de Montmorency-Laval concède une terre à Claude Lefebvre, devant le notaire Paul Vachon. Après trois ans de service ou d’engagement qui était la norme pour les nouveaux arrivants à l’époque, il est maintenant libre et quitte son employeur pour faire fructifier sa propre terre et créer sa famille. Il n’a pas encore 20 ans.

La terre qu’on lui concède est petite. À peine trois arpents de front qui donne sur le littoral sud de l’Île d’Orléans.  Il s’agit du lot 62 (maison) et du lot 63 (grange) dans la paroisse de Saint-François. L’emplacement exact a pu être retracé grâce à des documents d’archives. On peut s’étonner qu’une terre lui soit attribuée alors qu’il n’a pas encore 21 ans. Une source émet l’hypothèse que durant sa longue traversée de quelques semaines en 1663, il aurait rencontré un évêque sur le navire avec qui il a causé longuement et qui lui aurait promis une terre s’il décidait de rester en Nouvelle-France.

Un mariage

Une rencontre et un mariage ne tardera pas. Dès le 7 octobre de la même année – à peine trois mois suivant l’arrivée de Marie Arcular – le couple se présente chez le notaire Romain Becquet pour mettre sur papier les détails de leur contrat de mariage. Marie apporte au foyer du couple des biens estimés à 250 livres en plus de sa dot du Roi Louis XIV de 50 livres, montant typique remis aux Filles du Roy pour les aider à démarrer leur nouvelle vie en Nouvelle-France. Quant à lui, Claude contribue 200 livres.

Le mariage sera célébré exactement trois semaines plus tard, soit le 28 octobre 1669 dans l’église toute neuve de Sainte-Famille. Cette petite église deviendra rapidement désuète. Elle sera détruite et remplacée dans les années 1740 par l’église que l’on peut voir de nos jours. Cette nouvelle église sera construite à environ une centaine de mètres de l’église de nos ancêtres.

Notre nouveau couple s’installera cependant dans la paroisse voisine de Saint-François à quelques kilomètres plus loin, soit sur la terre que lui avait octroyée Monseigneur de Montmorency-Laval en 1667.

Je reviendrai sur l’histoire complète de ce couple – nos premiers ancêtres chez les Boulanger en Nouvelle-France – au cours de prochains articles quelque part cet automne.

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À venir très bientôt sur le site

  • Notre Élisabeth Cretel – Sa traversée de l’Atlantique
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