Cinquième article dans la série sur les Filles du Roy. Au total sur ce site, je prévois environ une dizaine d’articles consacrés à ce sujet au cours des prochains mois. Le sujet est important car chez les premières ancêtres de nos quatre familles, trois avaient une Fille du Roy à l’origine. Dans ce nouvel article, je raconte de façon générale les conditions de traversée de l’Atlantique que ces jeunes femmes ont subi. Parmi les prochains articles, deux parleront plus précisément de la traversée des trois Filles du Roy de nos familles.
Certains sites répertorient la liste chronologique des navires venus de France vers la Nouvelle-France tout au cours du 17e siècle et même au-delà, jusqu’à la conquête par l’Angleterre vers 1760. Une référence très utile ! Des informations y sont rassemblées sur chaque navire qui a traversé l’Atlantique pendant ces décennies. On peut y suivre l’histoire de navires dont certains ont des noms plutôt singuliers comme L’Hirondelle ou encore Le Pot de Beurre. D’autres ont des noms qui ont pu tester le courage de certains passagers ou le sens de l’humour de certains armateurs comme La Tempête, Le Fourgon, L’Aventurier ou encore Le Mulet.
Selon le site ‘’La Mémoire du Québec’’, les Filles du Roy ont traversé l’Atlantique surtout à bord de huit navires différents : le Constance, La Nativité, L’Espérance, le Nouvelle-France, le Phoenix, le Prince-Maurice, le Saint-Jean-Baptiste et le Saint-Louis. Il y a aussi le navire ‘’L’aigle d’or’’ qui a eu une traversée mémorable (et mortelle) en 1663 comme on le verra plus loin. C’était le premier contingent de Filles du Roy à traverser. Rien de bien rassurant pour les suivantes.
Au cours des dix années du programme des Filles du Roy de 1663 à 1673, 285 d’entre elles sont arrivées à bord du navire le Saint-Jean-Baptiste, celui ayant justement servi pour la traversée de notre Marie Arcular chez les Boulanger.
La traversée en soi était des plus risquées. N’ayant jamais traversé l’Atlantique, les passagers n’étaient évidemment pas au fait des risques qu’ils encouraient. Faire naufrage n’était pas le plus grand danger. Les tempêtes, les attaques de pirates, les maladies et les mauvaises conditions d’hygiène constituaient d’autres dangers, souvent plus probables.
Ces navires ont été utilisés pour transporter les filles sélectionnées par le Roi de France, Louis XIV, pour aider le peuplement de la Nouvelle-France. Certaines traversées ne transportaient que quelques Filles du Roy. Dans ce cas, le but principal de la traversée était tout autre, soit le transport de futurs colons, de soldats ou de religieuses mais généralement les navires avaient surtout des objectifs commerciaux, soit le transport de marchandises vers la colonie. La Nouvelle-France était très dépendante de la France à ses tout débuts d’autant plus que l’on interdisait à la colonie de produire ou de vendre des biens qui compétitionnaient avec les entreprises de France. On devait donc tout importer d’Europe.
Cependant, et particulièrement pour les années 1669, 1670 et 1671 qui ont vu se concentrer l’essentiel de la migration des Filles du Roy vers la Nouvelle-France, certaines traversées ont représenté le principal contingent de Filles du Roy d’une année précise avec parfois jusqu’à une centaine de ces jeunes filles au bord du même navire. Selon l’historien Yves Landry, son nombre officiel selon son dernier répertoire publié en 2013 est de 130 Filles du Roy en 1669, de 118 en 1670 et de 115 en 1671.
Le point de départ était souvent le nord et l’ouest de la France, généralement en Bretagne ou en Normandie avec comme ports principaux, celui de Honfleur, celui de Dieppe, mais aussi celui de Nantes ou souvent celui de La Rochelle dans l’ouest de la France. Les Filles du Roy prenaient place sur un navire comme n’importe quel passager. Le navire était donc un passage obligé pour traverser l’Atlantique. Souvent, elles voisinaient même des animaux comme des bœufs, des cochons, des moutons, des volailles et même des chevaux que l’on transportait aussi vers la colonie.
Un premier voyage sur terre précédait généralement la grande traversée afin de rejoindre tout d’abord le port de mer. Un voyage par terre ou encore par cours d’eau pouvait prendre à l’époque plusieurs jours entre le point d’origine – comme Paris et Rouen – et le port de mer d’où partait le navire pour la Nouvelle-France. On préparait ensuite les jeunes filles pour la grande traversée pour s’assurer qu’elles auraient tous les objets dont elles auraient besoin, particulièrement ceux qui seraient difficiles à trouver en Nouvelle-France. On pouvait donc prévoir jusqu’à un mois de préparation avant le grand départ en mer.

Source: Geni
La traversée en soi était des plus risquées. N’ayant jamais traversé l’Atlantique, les passagers n’étaient évidemment pas au fait des risques qu’ils encouraient. Faire naufrage n’était pas le plus grand danger. Les tempêtes, les attaques de pirates, les maladies et les mauvaises conditions d’hygiène constituaient d’autres dangers, souvent plus probables. On pouvait mourir durant une telle traversée qui pouvait généralement durer plusieurs semaines. Jusqu’à ce grand voyage, la plupart des jeunes filles n’étaient jamais sorties de leur quartier ou de leur ville et donc peu en mesure d’imaginer les dangers encourus. Pour la plupart, le simple fait de sortir de Paris les faisait déjà basculer en terrain inconnu, avant même d’envisager une traversée de l’Atlantique dont personne chez ces jeunes filles ne pouvait imaginer la distance à parcourir qui s’avèrera être de quelques milliers de kilomètres.
On dit qu’une traversée à l’époque qui durait plus de 100 jours risquait un tel sort. La nourriture à bord prévoyait un maximum de 100 jours. Au-delà de cette durée, le manque de nourriture et d’eau entraînaient rapidement des problèmes sanitaires et des maladies qui pouvaient devenir mortelles.
Danielle Pinsonneault de la Société des Filles du Roy raconte la traversée des plus éprouvantes du premier contingent des Filles du Roy en 1663 à bord du navire ‘’L’aigle d’Or’’ :
‘’Le navire connut une de ses pires traversées : il mit 111 jours à rejoindre Québec. Cela veut dire 3 mois, 3 semaines et 3 jours ! Un voyage extrêmement long et pénible. On manqua d’eau et de nourriture, le scorbut se déclara. La promiscuité et le total manque d’hygiène entraînèrent la propagation de fièvres, de même que plusieurs maladies. Sur les 225 personnes à bord, soixante (60) moururent pendant le trajet et douze (12) autres après leur arrivée, même si, étendues sur des planches, on les transporta aussitôt à l’Hôpital de Québec. Cela signifie que près du quart des passagers de ce navire moururent avant de voir Québec.’’
On dit qu’une traversée à l’époque qui durait plus de 100 jours risquait un tel sort. La nourriture à bord prévoyait un maximum de 100 jours. Au-delà de cette durée, le manque de nourriture et d’eau entraînaient rapidement des problèmes sanitaires et des maladies qui pouvaient devenir mortelles.
Jacques Langlois a publié en 2022 un roman historique intitulé ‘’La saga des Filles du Roy’’ qui imagine ces événements avec deux personnages principaux fictifs. Deux Filles du Roy de conditions différentes. Bien que fictive, la trame narrative se révèle fidèle aux événements réels. Beaucoup de recherches se cachent derrière cet exercice plus que convaincant. Pour illustrer ici justement l’état d’esprit de ce saut dans l’inconnu que ces jeunes filles amorçaient un peu innocemment, il raconte en page 72 :
‘’Si les filles les plus imaginatives réussissaient à se représenter un peu le voyage en navire, aucune ne parvenait à réfléchir à la suite des choses. C’était trop loin et trop abstrait. Elles n’avaient pas du tout pensé à l’endroit où elles débarqueraient enfin après avoir traversé l’océan. Elles ne connaissaient pas l’existence de la bourgade de Québec, encore moins celle de Montréal. Elles ne savaient pas que le fleuve qu’elles emprunteraient pour s’y rendre avait cinquante fois la taille de la Seine. Elles ne connaissaient rien non plus des Sauvages qui peuplaient ce pays. Avaient-ils deux bras et deux jambes comme les autres humains ? Étaient-ils cannibales comme on le racontait ?’’
Image mise en avant en haut de l’article- Carte du Canada plutôt approximative au début de la colonie. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
*****
Cliquez ici pour retourner à la page d’accueil du site pour lire ou relire d’autres articles.


