L'histoire des Boulanger et des Langlois

En passant par les Paul et les Blais. De la Nouvelle-France à aujourd'hui.


Nos ancêtres et le recensement de la Nouvelle-France en 1681

Se peut-il qu’au début de la colonie tout le monde se connaissait ? Probablement pas surtout à cause des contraintes de transport. Le fleuve Saint-Laurent était la seule ‘autoroute’ du coin. Par contre, il y a aujourd’hui plus d’habitants à Magog dans les Cantons de l’Est que de colons français dans toute la Nouvelle-France au début de la colonie en 1681. J’ai retracé toutes les données du recensement de la Nouvelle-France de 1681, y compris celles concernant nos propres ancêtres. Que nous racontent ces données ? C’est un peu comme avoir accès à l’annuaire téléphonique de la Nouvelle-France. Tous les habitants en 1681 y sont inventoriés.

C’est à l’Intendant Talon que l’on doit les débuts d’un processus formel de recensement en Nouvelle-France en 1666. On dit que c’est lui en personne qui est allé cogner aux portes pour recenser chaque habitant avec leur nom, leur âge, leur profession, leur état matrimonial ainsi que leur lien avec le chef de famille de chaque maison. On prenait en même temps en note le nombre d’animaux et la grandeur des terres pour évaluer les richesses de la colonie. En 1666, la population s’est donc établie à 528 familles ou 3,215 habitants dans toute la Nouvelle-France. C’est la ville de Québec qui regroupe la majorité de ces habitants avec 2,100 personnes. Montréal est loin derrière avec 635 habitants.

On réfère ensuite au recensement de 1681 comme le plus important à date. C’est celui que je détaillerai ici, d’autant plus que c’est entre le recensement de 1666 et celui de 1681 que nos premiers ancêtres sont arrivés en Nouvelle-France. Il y avait donc très peu à dire sur nos ancêtres en 1666.

Tout d’abord, jetons un coup d’oeil sur les données d’ensemble de toute la Nouvelle-France suite au recensement de 1681.

Au global, dans toute la Nouvelle-France à l’automne de 1681, il y avait un total de 1,568 ménages pour une population totale de 9,677 habitants, dont 5,375 hommes et 4, 302 femmes. On avait donc triplé la population en l’espace de 15 ans ! De ce total, 1,475 hommes et 1,461 femmes ont un statut de marié. La majorité sont des enfants ou sont non-mariés, soit 3,835 hommes et 2,783 femmes pour un total de 6,618. Finalement, 123 personnes se disent veufs (65 hommes et 58 femmes).

Les villes et villages les plus populeux sont en ordre décroissant: Isle de Montréal (1,418 habitants) qui déclasse la ville de Québec qui était première en 1666, vient ensuite justement Québec (1,345), Isle d’Orléans (1,082) et Beaupré (725). Neuville est la cinquième communauté en importance avec 372 habitants, lieu de résidence de nos premiers ancêtres chez les Langlois. Suivent ensuite dans le même ordre, Petite Auvergne (309) – qui est devenu depuis une partie de Charlesbourg, Beauport (305) et Lauzon (291). En tout, il y avait un total de 54 communautés dans toute la Nouvelle-France, toutes situées plus ou moins en bordure du fleuve Saint-Laurent. On peut conclure rapidement que la région de Québec est de loin là où l’essentiel de la population se concentre.

Que disent les données du recensement de 1681 concernant nos propres ancêtres? Prenons-les famille par famille.

Tout d’abord, prenons les Boulanger. Notre premier ancêtre en Nouvelle-France est Claude Lefebvre dit Boulanger, arrivé à l’Île d’Orléans dès 1663. Il rencontrera Marie-Ursule Arcular, Fille du Roy, qu’il mariera en octobre 1669. Ils s’installeront dans la paroisse de Saint-François, au nord de l’Île d’Orléans. Où en sont les choses selon le recensement de 1681, une douzaine d’années après leur mariage? La paroisse a alors 30 familles et 165 habitants.

On retrouve la famille à l’Île d’Orléans, comté de Saint-Laurent, toujours dans la paroisse de Saint-François. Claude a maintenant 33 ans et sa femme Marie Ursule en a 30. Fait intéressant, selon les sources, on voit régulièrement Marie ou Marie-Ursule. Ici, elle s’enregistre sous son prénom de Marie-Ursule. Le couple aura au total 10 enfants. Au moment du recensement en 1681, on en dénombre cinq: Jean – 10 ans, Pierre – 8 ans, Marie – 5 ans, Madeleine- 3 ans, et finalement Suzanne – 1 an. Le compte est exact selon la généalogie de cette famille que j’avais recensé pour le livre. Jean est connu sous Jean-Baptiste, né en 1671, alors que Madeleine est répertorié dans le livre sous Marie-Madeleine et est née en 1678, ce qui lui donne effectivement 3 ans. En 1676, naîtront Jacques et sa jumelle Marie. Jacques n’a pas survécu selon mes recherches antérieures et est mort à la naissance. Donc, il n’était plus là lors du recensement de 1681. Quatre autres enfants naîtront après le recensement de 1681 dont notre ancêtre en ligne directe de la deuxième génération – Claude – qui naîtra en 1682.

Le recensement indique également que la famille possède 8 bêtes à cornes et cultive 12 arpents de terre.

Du côté de la famille Langlois, nos premiers ancêtres sont Nicolas Langlois qui a marié Élisabeth Cretel, Fille du Roy également. Ils se sont mariés en octobre 1671 et prennent la route de Neuville, près de Québec. C’est encore là qu’on les retrouve lors du recensement de 1681. On y dit:

¨La Seigneurie de Neuville est distante de Québec de 7 lieues en montant, située le long du grand fleuve au côté du Nord. Cette paroisse a 2 lieues d’étendue d’un côté et une lieue de l’autre. Il y a 61 familles et 340 âmes. Il y a une chapelle de colombage dédiée à Saint-François-de-Sales, couverte de paille, longue de 30 pieds et large de 22, sans presbytère, ni terre pour en faire, le prêtre y demeure en pension chez un habitant¨.

Telle est la situation des lieux en cette année 1681. Plus précisément, Nicolas Langlois est y maintenant bien établi sur sa ferme qu’il a reçu en 1667. Lors du recensement de 1681, il a maintenant 40 ans et sa femme Élisabeth en a 32, ce qui est conforme à mes recherches antérieures. Ils ont maintenant 6 enfants. Ils en auront au total 10 entre 1672 et 1688. Lors du recensement, les six enfants de la maisonnée sont: Claudine – 9 ans, Étienne – 8 ans, qui est notre ancêtre en ligne directe de la deuxième génération, Françoise – 6 ans, Marie – 5 ans, Élisabeth – 4 ans et enfin Nicolas – 2 ans. Nicolas est celui qui héritera de la terre familiale, celle-là même qui est encore entre les mains de la famille Langlois de nos jours après plus de 350 ans, transférée de génération en génération. Dans cette liste, seule Marie – 5 ans – me cause un problème car elle n’apparaît pas dans la généalogie de la famille. Quand même un peu étrange… Il y a bien Marie-Madeleine, née le 15 février 1681 juste avant le recensement, mais elle ne peut avoir 5 ans, probablement 5 mois d’où l’erreur probable du recenseur. C’est l’explication la plus plausible. Même Michel Langlois, généalogiste de la famille Langlois, qui a un peu écrit sur cette famille, partage cette liste et cet état de la famille en 1681. Quant à Élisabeth, on la voit parfois selon certaines sources sous Isabelle, y compris une fois adulte.

Les recensements à l’époque inventoriaient également les animaux et les terres. Chez les Langlois de Neuville en 1681, ils étaient les propriétaires de 4 bêtes à cornes et avaient 16 arpents en valeur.

Allons du côté de la famille Paul maintenant. On apprendra dans le livre que ce nom de famille n’est entré dans la famille que récemment, soit lors de la génération de mon arrière-grand-père autour des années 1900, probablement dû à leur déménagement aux États-Unis à cette époque pour faciliter leur intégration. Le patronyme Paul était plus facilement prononçable en anglais, comparé à Paulhus, qui était le nom d’origine de cette famille, bien que l’épellation et la formulation a évolué presqu’à chaque génération.

Notre premier ancêtre était donc Paul Hus. Le berceau de cette famille se situe dans la région de Sorel, appelée Saurel à l’époque. Nous étions donc dans la Seigneurie de Saurel. Paul Hus avait marié Jeanne Baillargeon le 16 juin 1669 au Cap-de-la-Madeleine et se sont ensuite installés dans cette Seigneurie. Lors du recensement de 1681, on les retrouve effectivement dans ce même patelin sur la rive sud du fleuve. Moins développé alors que les lieux visités à date dans nos deux premières familles. Il n’y a alors que 15 familles et 113 habitants.

Cependant, on y retrouve nos ancêtres sous le nom de Hué. Comme mentionné auparavant, cette famille changeait constamment de nom. Il s’agit de Paul Hué, 38 ans. On sait également qu’il était déjà en Nouvelle-France lors du recensement de 1666 alors qu’il se trouvait alors à Beauport où il était domestique chez le célèbre Robert Giffard. Le reste des informations concernant le recensement de 1681 sont corroborées par mes recherches antérieures sur cette famille. Jeanne Baillargeon a 26 ans. Ils ont 6 enfants vivants en 1681. Ils en auront 12 au total. Il y avait donc, Louis – 11 ans, Marc-Antoine – 10 ans, Jean-Baptiste – 7 ans, Jean – 5 ans, Pierre – 3 ans et finalement Jeanne – 1 an et demi. Mes recherches indiquaient aussi un Jean-Baptiste, né en 1672 et mort la même année et n’était donc plus là en 1681.

Au-delà des enfants, la famille avait également 1 fusil, 7 bêtes à cornes et également 20 arpents en valeur.

Finalement, la famille Blais est plus compliquée à comprendre. Si ce n’était qu’un ancêtre d’une génération au 19e siècle qui a décidé de prendre le nom de famille de sa grand-mère Blais, nous serions aujourd’hui des Tousignant, et non des Blais, au niveau de la généalogie stricte, de père en fils. Notre ancêtre d’origine était donc Pierre Tousignant dit Lapointe qui avait marié Marie-Madeleine Philippe, notre troisième et dernière Fille du Roy dans nos quatre familles. Ils se sont mariés le 17 octobre 1668 à Québec.

Lors du recensement de 1681, on les retrouve donc dans la Seigneurie de Lotbinière, située à quelque 17 lieues de Québec, où ne vit alors que 12 familles et 61 habitants. Pierre a 40 ans et sa femme en a 30. ce que confirme mes recherches préliminaires sur cette famille. À ce moment, 5 enfants résidaient dans leur maison: Marguerite (10 ans), Madeleine (8 ans), Jean (5 ans), Michelle (2 ans) et Marie (6 mois). Le recensement indique également un inventaire d’un seul fusil, 3 bêtes à cornes et 6 arpents en culture.

Je n’ai pas encore commencé mes recherches détaillées sur ce côté paternel de nos familles mais mes données préliminaires de la progéniture du couple indiquent deux autres enfants nés avant 1681 soit Noël, né en 1677 et Michel, né en 1680. Une autre – Catherine-Agnès – serait née après ce recensement, soit en 1683. Par contre, les notes de généalogistes indiquent ‘8 enfants vérifiés’. Il doit donc y avoir une explication logique sur ces deux enfants, en apparence manquants lors du jour du recensement. Probablement décédés en bas âge avant 1681. À voir plus tard dans mes recherches sur cette famille Blais.

Cet article m’a permis de valider en très grande partie les données de ce recensement avec les données que j’avais déjà selon mes recherches. Il me faudra donc revérifier plus tard ou expliquer les quelques différences mineures identifiées dans cet article.

Cliquez ici pour retourner à la page d’accueil du site pour lire ou relire d’autres articles.



À PROPOS DE CE SITE

Ce site est géré par Guy Boulanger. Il se veut un complément d’un livre à publier éventuellement qui racontera l’histoire de ma famille, à savoir la lignée familiale des Boulanger, celle des Langlois, celle des Paul et finalement celle des Blais.

Ce site ne parle généralement que d’ancêtres qui sont décédés depuis des générations. Les articles sont élaborés à partir d’informations qui relèvent du domaine public.

À venir très bientôt sur le site

  • Notre Élisabeth Cretel – Sa traversée de l’Atlantique
  • Vivement un mariage!
  • Elles se marièrent et eurent beaucoup d’enfants
  • Les enfants oubliés de Georges et Joséphine
  • Les enfants oubliés de Georges et Joséphine – Joséphine Langlois
  • Élisabeth Cretel – Sa vie à Neuville
  • Album de photos – Qui se rappelle de l’École Hébert?
  • Les enfants oubliés de Georges et Joséphine – Gédéon Langlois
  • Notre premier ancêtre Claude Lefebvre Boulanger

Accédez aux articles par thème:

INFOLETTRE

Inscrivez-vous pour recevoir automatiquement les nouveaux articles dès qu’ils sont publiés sur le site.