Extrait largement adapté du Chapitre 14 – Neuville 2022 – du livre à paraître.
Un matin ensoleillé de mai 2022, je suis à Neuville, près de Québec, à la recherche de la terre ancestrale de Nicolas Langlois, celle qui lui a été octroyée dans la Seigneurie de Dombourg le 20 mars 1667. Selon mes recherches, Nicolas Langlois est le point de départ de cette souche familiale, l’une des neuf souches chez les Langlois en terre d’Amérique au cours des derniers siècles.
Ce qui est particulier avec cette terre, c’est qu’elle a ensuite été transférée de génération en génération – de père en fils – et ce, sans interruption pendant plus de 350 ans. Ce n’est pas rien quand même! C’est donc dire qu’elle appartient encore à la famille Langlois aujourd’hui.
J’ai quelques indications pour localiser l’endroit précisément et je la trouve sans problème. Moment solennel quand même, quand on écrit un livre à la recherche de nos ancêtres, de savourer le moment où l’on se trouve précisément sur la première terre ancestrale de notre famille. Fouler la terre de ses ancêtres. On ne parle plus vaguement de la Nouvelle-France en termes théoriques ou historiques. Dans toute la Nouvelle-France d’autrefois et le Québec d’aujourd’hui : c’est ici sous mes pieds.
On parle précisément de la terre agricole que notre ancêtre a fait sienne, qu’il a développé, défriché, cultivé et fait fructifier… en reconnaissant l’importance de passer le flambeau d’une génération à l’autre. Ce grand lopin de terre, étroit mais long de quatre kilomètres, a été et est toujours le foyer de l’histoire de notre famille Langlois. J’apprendrai rapidement que cette terre s’étend du fleuve Saint-Laurent et ce jusqu’à l’autoroute 40 que l’on connait de nos jours.
Je suis donc sur le Chemin du Roy à Neuville.
On peut voir plus bas, au milieu de cette carte ancienne des premiers temps de la colonie, la terre de Nicolas Langlois située sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent. C’est la concession de terre que Jean Bourdon, Seigneur de la Seigneurie de Dombourg lui a octroyé il y a presque 350 ans. Elle est indiquée avec le libellé N. Langlois. Certains auront peut-être besoin d’une loupe comme moi. Pendant ma visite, on m’indiquera que la famille Langlois avait aussi acheté ultérieurement la concession qui lui est adjacente. À gauche, si je me souviens bien.

Retour vers le futur en 2022. Je suis ‘’Chez Médé’’, une ferme familiale qui de nos jours cultive, transforme et vend des produits laitiers et des produits maraichers. Du côté droit de la route sur le Chemin du Roy en direction de Montréal, on voit la terre familiale avec ses bâtiments de ferme et un magasin qui semble servir à vendre, en partie du moins, la production de la ferme. Le maïs semble à l’honneur pour le grand public qui passe sur la route. Au moment de mon passage en mai, le magasin est presque vide puisque nous sommes hors-saison mais on y voit des étalages de confitures en vente, de la saison précédente on imagine.
Je prends quelques photos, probablement pour une petite place dans mon livre en préparation. De l’autre côté de la rue, juste en face, un homme sort de la maison familiale et me salue en me demandant poliment s’il peut faire quelque chose pour moi. Il n’est pas encore 7 heures du matin. Il doit bien se demander qui peut bien prendre des photos de ses actifs à cette heure matinale. Il doit penser à un huissier ou un inspecteur, je ne serais pas surpris.
Je le salue en retour et je lui crie de l’autre côté de la rue de façon un peu ridicule que je suis un Langlois. Je réalise rapidement que ce n’est pas une très bonne introduction comme si cela me donnait tous les droits. Je ne dois certainement pas être le premier, ni le dernier, à se présenter à lui comme tel étant donné que sa propriété et son commerce sont ouvertement identifiés aux Langlois mais aussi à toute son histoire depuis les débuts de la colonie.
Sans savoir à qui j’ai affaire, je soupçonne tout de suite qu’il doit se ficher complètement que je sois ou non un Langlois. À ma grande surprise étant donné l’heure matinale, il semble enchanté et me dit qu’il traverse tout de suite pour me rejoindre dans deux minutes. Aussitôt dit, aussitôt fait.
Je venais donc de rencontrer cet homme sympathique, Fernand Langlois, 82 ans, ancêtre direct de Nicolas Langlois, ancien propriétaire de la terre ancestrale, qu’il a déjà transféré à ses deux fils – Daniel et Médé – en passant ainsi le flambeau de la 10e à la 11e génération. Et il semble que le passage à la 12e soit déjà assuré avec les fils de Daniel qui aident déjà aux travaux de la ferme.
Il me dit que j’ai choisi une mauvaise journée pour venir car il doit quitter pour la journée. Je lui parle de mon livre. Il me dit qu’il aurait des choses à me dire pour m’aider. Il me suggère d’aller faire un tour à la Société d’histoire locale, située tout près. J’y trouverai beaucoup d’informations pour avancer dans mes recherches. Malgré le fait qu’il doive quitter, nous avons quand même échangé pendant une trentaine de minutes. Je lui dis que je reviendrai dans la région à un autre moment pour en apprendre davantage avec lui. Il est prêt à m’aider et j’ai son accord pour une autre rencontre. Il me donne son numéro de téléphone pour l’avertir à l’avance et je lui demande les prénoms de son père et de son grand-père car je voudrais établir son arbre généalogique et le comparer au nôtre pour déterminer à quel moment nos lignées familiales ont probablement plus tard divergé pour prendre chacune leur propre chemin. C’est forcément arrivé à un moment précis de l’histoire. Autrement, il serait mon père ou mon grand-père ou quelque chose du genre. Et ça se saurait, comme on dit.
Quelques mois plus tard à l’automne, j’ai effectivement planifié un autre voyage dans la région de Québec que j’ai dû annuler à la dernière minute quand j’ai réalisé que le centre de documentation de la Société d’histoire de Neuville était fermé jusqu’à nouvel ordre en raison de la Covid. Je voulais en profiter pour y passer un jour ou deux à faire des recherches pour les chapitres liés à cette région. Je planifie toujours d’y retourner avant la fin de la rédaction du livre. Ce n’est que partie remise.
Avant de partir, il m’offre de choisir un pot de confitures de la ferme pour ma mère dont il sait maintenant qu’elle est sa lointaine cousine. Elle a bien aimé et je compte bien amener mes parents en 2023 pour leur faire découvrir ce lieu lié de près à leurs origines familiales.

Quelques semaines plus tard, j’ai effectivement pris le temps de faire cet exercice généalogique afin de mieux comprendre d’une part, comment une partie de la descendance de notre ancêtre commun Nicolas Langlois mène à la famille actuelle de Fernand Langlois à travers toutes ces générations qui ont cultivé et développé notre terre ancestrale et d’autre part, comment cette autre partie de la descendance du même ancêtre Nicolas Langlois mène à notre propre famille d’aujourd’hui, celle de mes grands-parents Georges Langlois et Gertrude Paul. Vous trouverez les résultats de cette analyse dans un des chapitres du livre à venir.
Selon cette analyse afin de résumer sommairement, il apparait clairement que dès la génération qui suit celle de notre ancêtre commun Nicolas Langlois – c’est-à-dire dès la deuxième génération – nos descendances respectives ont pris un chemin différent.
Nicolas Langlois et Élisabeth Cretel ont eu un total de dix enfants dont cinq vont mourir avant d’atteindre l’âge adulte. Parmi les cinq autres qui auront une vie adulte et qui se marieront, deux d’entre eux créeront ces deux descendances distinctes : Nicolas (un fils portant le même prénom que son père) et Étienne, qui est notre ancêtre direct de la deuxième génération.
Nicolas (né le 19 juin 1679 et mort le 18 février 1713) reprendra donc la terre de son père à Neuville sur le Chemin du Roy, qui sera ensuite transférée de génération en génération jusqu’à nos jours. Nicolas était le 6e enfant de cette fratrie de 10 enfants. Il est donc resté à Neuville toute sa vie. Le livre inclura également le contrat de donation de la terre entre Nicolas (père) et Nicolas (fils), signé en 1704.
D’autre part, l’autre ancêtre qui mène directement à notre propre famille est Étienne et était le 2e enfant de la famille. Il est né le 16 décembre 1673 et est mort le 23 mars 1742. Il a épousé Élisabeth-Isabelle Faucher le 10 février 1698 à Neuville mais le couple s’est ensuite établi à Cap-Santé où ils sont tous les deux décédés. Dans le livre à venir, il y a un chapitre entier sur la génération de Nicolas Langlois et Élisabeth Cretel et un autre sur nos ancêtres directs de la deuxième génération – Étienne et Élisabeth-Isabelle.
Ces deux familles de la deuxième génération – celle de Nicolas (le fils) et celle d’Étienne – ont ensuite fait leur propre chemin du point de vue généalogique. La descendance de Nicolas est restée à Neuville jusqu’à nos jours tandis que la descendance d’Étienne est celle qui nous intéressera davantage et éventuellement atteindra La Patrie au début du 20e siècle en passant successivement par Cap-Santé, Sainte-Anne-de-la-Pérade, Saint-Casimir, et Stukely (aujourd’hui Bonsecours) et ce, à travers plusieurs générations.
La plaque ci-dessous est située sur la ferme, juste à côté de la boutique de fruits et légumes. Elle rend hommage à nos premiers ancêtres Langlois – Nicolas Langlois et Élisabeth Cretel – et met en lumière cette terre ancestrale qui est restée dans la famille Langlois depuis les débuts de la Nouvelle-France. Elle a été offerte par l’Association des Langlois d’Amérique en 1992.
On peut y lire : Hommage à Nicolas Langlois et Élisabeth Cretel, premiers défricheurs de cette terre et à tous les Langlois qui, de père en fils, leur ont succédé sans interruption à cet endroit depuis 1669. L’Association des Langlois d’Amérique. 1992.

Comme très bon complément, je vous invite à lire cet article du journal La Presse, publié récemment en août 2022, pour faire la rencontre de ces gardiens sympathiques d’aujourd’hui qui prennent soin de notre terre ancestrale chez les Langlois. Ou encore cet autre article publié dans le journal Courrier de Portneuf. Il est un peu moins récent, publié en 2017, mais il est tout aussi pertinent et intéressant. Il fait davantage référence à nos premiers ancêtres Langlois.
Encore mieux, allez faire un tour à Neuville lors d’une prochaine vacance dans la région de Québec ou lors d’une promenade du dimanche. Ces descendants de nos premiers ancêtres Langlois sont très accueillants. Suivez simplement le Chemin du Roy entre Neuville et Donnacona et vous arriverez naturellement chez eux. Le panorama avec le Chemin du Roy historique qui longe le fleuve vaut certainement le détour.
Dans les prochains mois, j’aurai l’occasion de vous raconter en quelques épisodes l’histoire de ce couple, Nicolas Langlois et Élisabeth Cretel, nos premiers pionniers de la famille Langlois en Nouvelle-France.


